Hier soir, après avoir marché 2km à la nuit tombante pour profiter de la fraîcheur du soir qui n’est jamais arrivée, j’ai craqué. J’ai pleuré. J’ai décidé d’arrêter. J’ai appelé mon ami Pierre et je lui ai dit :
— Viens me chercher, je n’en peux plus.
On a tout arrangé pour mardi.
J’étais très déçue. Mais il fallait voir la réalité en face : avec la canicule, les tiques, le sac, continuer comme ca était insupportable.
J’ai monté ma tente juste avant la nuit. Puis, au moment de me coucher, j’ai aperçu deux points brillants dans l’obscurité. J’ai frissonné. Qu’est-ce que c’est ?
Les deux lumières ont bougé. Puis deux autres sont apparues. Puis encore d’autres : ce n’étaient pas des yeux mais des lampes ! Des Lucioles, des milliers de lucioles dansaient dans la clairière tout autour de moi. Une féérie!
J’étais tellement émerveillée que j’ai su, à cet instant précis, que je ne pouvais pas m’arrêter. Pas encore. Cette vie est trop belle.
Je fais un voyage à pied. Je peux changer ma façon de le vivre, freiner, m’arrêter, composer. J’ai le temps.
Pourquoi vouloir absolument commencer les Alpes ? On ne peut pas commencer quelque chose avant d’avoir terminé l’ouvrage en cours. Pour moi, marcher c’est construire, demain apportera sa réponse. Je me suis couchée en écoutant un nouvel enregistrement du texte intégral du Petit Prince et j’ai sombré bien avant d’apprivoiser le renard.
Au réveil, le rafistolage de la tente effectué à Saverne n’a pas tenu. Les réparations avaient lâché et que je ne pourrai plus remonter cette tente.
Je l’ai pris comme une réponse pratique à mes questionnements : continue mais sans elle!
Qui dit sans tente dit sans bivouac et qui dit sans bivouac dit sans matelas, sans gros sac de couchage et sans popote.
Quoique, la popote peut encore faire son job suivant quel gîte je trouve.
Je vais avancer plus léger, récupérer loin des tiques, sous un toit et si je trouve un havre de fraîcheur y attendre que la chaleur retombe.
5h00 sac bouclé, direction La Petite-Pierre.
Deux bonnes heures de marche et un spot de vue plus tard, j’arrive à l’office du tourisme de la charmante petite ville. On m’offre une douche et des conseils. J’ai pu me laver, faire une lessive au savon, charger mes appareils et entendre qu’ils avaient un gîte communal et que la mairie faisait office de bureau de poste!
Bingo, direction La Mairie.
Avec un sac allégé je vais pouvoir rallonger mes étapes. Nous verrons demain.
3790 gr dans un gros coli direction Wissembourg, les arceaux à la poubelle, mon sac pèse 4kg de moins ! J’ai renvoyé la toile de tente, le matelas, le sac de couchage, le pantalon de pluie, le bonnet, le bandeau et les gants.
Plus qu’un simple allègement du sac, c’est un changement de stratégie.
Je contourne du coup la canicule, la fatigue et les tiques. J’investis dans la pierre et diminue mon budget « bistrot et loisirs ». Je vise Wissembourg avec davantage de légèreté, aussi bien dans la tête que dans le dos.
Demain matin, je me lèverai tôt pour tenter ces dix-sept kilomètres, si possible avant midi.