Je vends ma Dacia Dokker aménagée, qui m’a accompagnée dans de nombreuses aventures.
Année 2015 Kilométrage : 187 587 km Dernière expertise : septembre 2025
4 pneus été récents sur le véhicule (montés ce printemps)
4 pneus neufs montés sur jantes
Siège arrière d’origine fourni
Barre de toit
État du véhicule Le véhicule est vendu en l’état. Un voyant moteur rouge est actuellement allumé. Il était déjà apparu il y a quelques mois ; les bougies et deux bobines d’allumage ont été remplacées (factures à l’appui), mais la panne est réapparue. Je ne souhaite plus engager de frais de réparation. Le véhicule roule encore mais il est vendu en l’état exclusivement sans garantie.
Aménagementpour 1 personne
Structure lit en bois pour une personne avec matelas et drap
plateau « cuisine » (sans glacière) facile à démonter permettant de retrouver rapidement la place pour un voyageur arrière
Tiroir coulissant sur toute la longueur pour rangements
Rideaux noirs et cache vitres pour intimité totale.
Pare-soleil avant
Batterie auxiliaire se rechargeant en roulant : offre une autonomie électrique pour alimenter une glacière, un ordinateur ou recharger ses téléphones et autres appareils, sans décharger la batterie d’origine.
Prises allume-cigare pour brancher ses appareils sur la batterie
Transformateur pour brancher son ordinateur sur la batterie (neuf)
Pour qui ?
Une personne souhaitant la faire réparer.
Une personne capable d’effectuer elle-même les réparations.
Un bricoleur intéressé par les pièces.
Une personne souhaitant récupérer l’aménagement pour un autre projet de mini-campeur
Après vous avoir cassé les pieds l’an passé avec mon opération des ménisques gauche et droit, je suis revenue la semaine passée vous parler de la joie d’avoir retrouvé mes routines. Il ne s’agissait pas simplement de parler de mes petites habitudes retrouvées, ni de ressortir mes orthèses, mais de vous parler de mes pictogrammes, de mes sonneries de rappel et de toutes les fioritures de mon agenda qui me servent de béquilles au quotidien.
Cette semaine, elles ont commencé à porter leurs fruits, car non seulement j’ai réussi à sortir de mon lit et à démarrer mes journées à l’aube, mais j’ai aussi préparé les menus de la semaine, fait des courses utiles, sauvé dix kilos de légumes fatigués, retrouvé une amie pour une balade au col des Mosses, et pris un bus pour découvrir l’exposition Le Royaume des Chats à Rossinière.
J’ai même commencé à réfléchir à quelques sorties pour la semaine prochaine. Je suis presque à me demander : à quand le retour des vadrouilles dans le calendrier ! C’est tout dire!
Autant, en bivouac, réinventer le monde chaque matin était un atout qui ne demandait aucun artifice, autant, à la maison, c’est un handicap qui nécessite quelques solides appuis. Je commence à me connaître avec les années. Pourtant, je trouve toujours aussi incroyable qu’une simple paire de cannes puisse me rendre aussi facilement toute ma mobilité. C’est simple, mais encore faut-il penser à les ressortir après huit semaines d’autonomie.
Autrefois, j’étais fatiguée avant même de sortir et j’étais systématiquement en retard. Quand je n’avais pas carrément oublié de prendre un sac, il lui manquait toujours quelque chose d’essentiel comme mes clés ou mon porte-monnaie, parfois même les deux. À l’école, je n’avais jamais le bon cahier ni le bon livre, ce qui me valait constamment des critiques et des punitions.
On m’a proposé mille solutions : préparer mes affaires la veille, utiliser des listes à cocher, coller des post-it sur la porte d’entrée, faire des nœuds à mon mouchoir… À force, ma maison s’est transformée en sapin de Noël. Au fil des ans, je n’étais plus en retard à mes rendez-vous, mais j’y arrivais beaucoup trop tôt et mon sac s’était transformé en véritable valise de « au cas où ». Aux yeux des autres, cela semblait gagné. Pourtant, je sortais chaque fois de chez moi avec l’envie de pleurer tant j’étais épuisée. Et il fallait encore affronter les regards réprobateurs : je n’avais pas forcément les bonnes chaussures, mon pull était taché ou une feuille de salade était restée coincée entre mes dents.
La vie est faite d’imprévus pas toujours amusants comme un train supprimé, une caissière qui pose une question inattendue, un pharmacien qui ne comprend pas ma demande, un médecin qui interprète mal un silence, une conversation qui prend une direction que je n’avais pas anticipée. La liste est sans fin. Dans ces moments-là, si je ne veux pas glisser j’ai besoin de toutes mes ressources.
Une vie plus tard, après beaucoup de chahut, j’ai enfin pu prendre du recul en entamant un premier périple à pied. C’est sous ma semelle que j’ai découvert que je n’étais ni paresseuse, ni désorganisée, ni même tête en l’air. Mon véritable problème n’était pas de m’organiser, mais de trouver le premier geste à faire pour me mettre en route et de bien ordonner les suivants. Les premiers pas de la journée n’allaient pas de soi. Et lorsqu’on se lève du pied gauche, toutes les catastrophes semblent s’enchaîner.
La récurrence du phénomène m’a conduite à entreprendre une démarche diagnostique. Une fois les diagnostics posés, j’ai rapidement décidé de chercher des solutions plutôt que de me morfondre sur les étiquettes. J’ai alors mis au point mon premier système de pictos, avec l’idée de vivre mieux avec mes handicaps plutôt que de vouloir « me rendre normale ». Depuis, je n’ai cessé de l’affiner et de le personnaliser.
Aucune des tâches à faire au réveil n’est difficile en soi. Pourtant, une erreur dans leur enchaînement peut avoir des conséquences diaboliques, un effet domino que je préfère éviter. Pour prendre un exemple parmi tant d’autres, il m’est arrivé de prendre ma douche sans avoir remis le peignoir utilisé la veille, de traverser l’appartement complètement détrempée puis, une fois séchée, habillée et prête à partir, de glisser de tout mon long dans la flaque laissée quelques minutes plus tôt. Dans ces conditions, comment penser encore à mon téléphone et à mon porte-monnaie, ou être sûre de ne pas manquer mon train ?
Par exemple, hier matin, mes pictos m’ont guidée pas à pas : toilettes, médicaments, sac, boisson, quatre-heures… toujours les mêmes jusqu’à la dernière ligne droite qui me permet de me rendre à la gare. Une fois dans le bus, détendue, j’ai pu regarder le paysage et je me suis même endormie. Sur place, je me suis baladée à l’aise, je n’ai pas eu besoin de chercher à boire et je n’ai pas sillonné le village à la recherche de WC publics. Grâce au picto « choisir le dernier train du retour » de ma liste du matin, j’ai pu m’attarder sur un banc et taper la discute avec Ginette. Je ne me suis sentie ni gênée, ni débordée, ni même agressée par son babil amusant. Au lieu de ressentir un stress permanent, j’ai pu découvrir un personnage. Ginette est vive et joyeuse et originaire de la Broye comme mon papa. Elle est la maman de Sylvie et elle était très fière de me raconter que Sylvie terminait ces jours-ci la Via Alpina. Comme la vie est surprenante ! Je l’ai écoutée, nous avons partagé un bon moment et parlé un peu de mon Hexatrek.
Maintenant, je sais que si mes routines me permettent de démarrer et d’être prête, habillée en temps et en heure, elles sont d’abord là pour me rendre disponible à la complexité du monde.
Avec elles, je n’ai plus besoin de consacrer mon énergie à ces dizaines de petites décisions. Je sais que l’essentiel sera fait. Je peux alors laisser ma créativité reprendre les commandes, réfléchir aux imprévus, résoudre les problèmes de dernière minute ou simplement être présente à ce qui m’entoure.
Mes routines ne me rendent pas plus rigide, mais plus souple. Je ne cherche pas à tout contrôler, mais à accueillir l’imprévu sans blocage ni frustration.
Mes routines ne me protègent pas du monde. Elles me donnent simplement suffisamment d’espace mental pour y entrer.
Dix-huit jours après mon arrivée à Wissembourg, quinze jours après avoir déposé mon sac dans l’armoire à Leysin, j’ai pu, enfin, allumer ma tablette, enchaîner mes petites routines matinales et entamer une première journée apaisée.
Mes petites routines matinales ressemblent probablement aux vôtres. On se prépare un thé ou un café, on choisit son vêtement et on jette un regard sur son agenda. Certains y ajoutent un verre d’eau tiède au réveil, d’autres une séance de yoga, mais tous ces gestes n’ont qu’un but : se préparer à vivre la journée qui vient.
Il est bien connu qu’à la fin d’un grand projet comme cette traversée du Grand Est, la chute brutale d’adrénaline, conjuguée à la disparition d’une certaine forme de stress, peut nous plonger dans une dépression plus ou moins profonde.
Je n’ai donc pas été surprise, ces derniers jours, de me retrouver épuisée et dans un état plutôt dépressif, ce d’autant plus que j’étais sous antibiotiques à cause des tiques, qu’une troisième canicule sévissait et surtout que la panne de mon minivan m’avait privée d’une semaine de décompression qui m’aurait permis d’atterrir en douceur avant de revenir à la vie courante.
Je pense que je vais vous étonner, mais je suis persuadée que mes routines nomades ressemblent bien plus aux vôtres que mes routines sédentaires.
Toutes mes routines nomades tiennent, j’allais dire dans un mouchoir de poche, mais disons plutôt qu’elles tiennent toutes sur mon dos. Le matin, je me saisis de mon unique traitement médical, j’enfile mon unique tenue et je bourre le reste dans mon sac. Ensuite, je m’extirpe de la tente, je la plie et je l’attache au paquetage, puis je reporte à plus tard dans la matinée les choses très agréables comme le petit déjeuner ou la toilette.
Si je dis qu’elles ressemblent aux vôtres, ce n’est pas que je pense que vous campiez dans votre salon ! Je ne parle plus des gestes eux-mêmes mais de la façon dont je suis capable de les enchaîner et de les réinventer chaque matin. Mes routines nomades, qui ne font l’objet d’aucune liste, sont à la fois répétitives et spontanées.
Normal ! Facile. J’arrive à enchaîner tous les actes de la vie, je vis ces périodes comme une profonde expérience de normalité. Il n’y a rien de mieux que le trek pour libérer mes fonctions exécutives, du matin au soir et du soir au matin.
Alors que se passe-t-il une fois de retour ? Comment se fait-il qu’au-delà de l’effet dépressif bien connu je sois incapable de quitter mon lit ? Comment se fait-il que je me retrouve carencée en eau et saturée en sucre alors que j’ai su conserver ma santé dans les conditions précaires du trek ? Comment se fait-il que j’oublie mon traitement une fois sur deux et que la charge mentale m’accable dès que j’envisage une petite marche ? C’est totalement anormal ! Je me demande chaque fois : où se cachent mes fonctions exécutives quand je suis entre quatre murs ?
Elles se cachent dans ma tablette.
Et c’est là toute la différence entre vos douces routines matinales et mes routines de sédentaire : je les ai répertoriées dans une application sous forme de pictogrammes, des listes dessinées créées pas à pas pendant plusieurs années. Elles sont maintenant presque infaillibles.
Ces pictogrammes ne sont pas apparus du jour au lendemain. Il m’a fallu plusieurs années pour trouver leur juste granularité, c’est-à-dire le niveau de détail dont j’avais réellement besoin pour me mettre en action. Le véritable déclic est venu d’un picto WC que j’avais choisi parce que je le trouvais drôle et mignon. Depuis que je l’utilise, je n’ai plus jamais eu de cystite. J’ai alors compris que j’avais besoin de ce pictogramme pour me rendre aux toilettes suffisamment régulièrement pour ne pas être malade et que je n’avais pas construit de simples listes d’organisation, mais de véritables béquilles pour mes fonctions exécutives.
Que vous dire ? Qu’il en faut, de l’humilité, pour accepter que mon handicap descend jusque-là, jusqu’à reconnaître que ce pictogramme est finalement bien plus utile que drôle et mignon.
Le plus étonnant, c’est qu’après chaque panne de mes fonctions exécutives, j’oublie jusqu’à leur existence. Il me faut alors accepter, une nouvelle fois avec humilité, l’ampleur de mon handicap, rallumer ma tablette, reprendre mes dessins suivre leurs sonneries pour retrouver, peu à peu, une vie simple, sereine et presque ordinaire.
Il est facile de décider d’écrire un texte par jour, mais le faire est une autre paire de manches.
Il me semble que j’arrivais mieux à tenir cette routine, accroupie au fond de ma tente, agrippée au petit clavier de mon téléphone, que chez moi, derrière mon ordinateur.
Les galères nomades sont-elles plus fécondes que le confort sédentaire ?
On pourrait penser que la réponse coule de source : suer et trébucher donne du grain à moudre alors que raconter que les trains sont à l’heure est sans intérêt. Je ne suis pourtant pas certaine de vouloir lier la souffrance à la créativité comme on le lit souvent.
Pour moi, la réponse est ailleurs. Quelque part, cachée dans la construction des journées, dans l’architecture du temps.
Le soir, que la tente soit montée ou que le sac de couchage soit étendu dans un dortoir, les préoccupations restent les mêmes : manger, ranger, se laver, boire un thé et préparer demain.
Il ne reste rien pour le superflu si ce n’est, ce cadeau que l’on se fait à soi-même : partager avec des mots.
Maintenant que je suis sevrée de ma vie nomade, je dois réapprendre tous ces gestes de sédentaire qui m’envahissent tellement.
C’était si simple de mettre un pied devant l’autre et de s’ébaubir sans chercher son programme de midi à quatorze heures, de refermer son sac sur tout son barda plutôt que de réfléchir, comparer et faire des listes. C’était si simple de manger quand j’avais faim, de me reposer quand j’étais fatiguée et d’écouter ce corps réclamer avec finesse tout ce qui lui était nécessaire. C’était si simple d’aller à Wissembourg à pied.
À présent, il me faut à nouveau allumer mes alarmes, suivre mes pictos, trouver des stratégies pour initier chaque geste, faire des listes, des projets, des choix, les courses redeviennent multicritères parce que la sédentarité refuse la simplicité : léger et bourratif.
J’ai beau faire l’inventaire sur tout ce qui me manque et de chercher son équivalent maison, je butte sur une réalité : ma vie n’est plus la même, mes besoins ne sont plus les mêmes, je ne suis plus la même. Je ne suis plus celle qui marche, je ne suis plus celle qui allait faire une année nomade et encore moins celle qui est déjà partie. Je suis juste moi, celle qui doit choisir un nouveau chemin avec ce que je suis devenue.
Si je suis partie ce printemps sur l’Hexatrek Grand Est c’est parce que des événements familiaux, survenus en début d’année, m’ont amputée d’un vaste projet construit depuis les limbes de Luan : Un projet de voyage à pied et en minivan à travers la France, et peut-être même l’Europe. Le départ était prévu pour septembre 2026 et le retour pour perpette les oies.
J’ai préféré gérer la frustration de ne partir « que » pour 670km que d’accepter à contre coeur de ne pas partir du tout. J’y reviendrai peut-être.
Tout me manque! Déjà le projet de mes années nomades mais tout ce qui a fait mon quotidien pendant 8 semaines.
Il y a peut être un de ces manques qui serait possible de conserver ou de faire revivre : ce rendez-vous quotidien avec des mots qui racontent.
Je ne marcherai plus vers Wissembourg, mais vers une destination nouvelle, une destination que vous tiendrez peut-être un jour entre vos mains.
Demain cela fera 10 jours que je suis arrivée à Wissembourg. Cette longue et chaude traversée des Vosges est encore très présente, mais chaque jour je perds un détail et l’histoire se déconstruit peu à peu.
Je vis à Leysin, dans les Alpes vaudoises. C’est dans ces Alpes que, depuis enfant, je crapahute et que j’apprends à écouter ce que me raconte le paysage. En marche d’approche, on finit toujours par passer la limite des arbres, au-dessus des prés fleuris et des alpages traditionnels, la géologie nous parle en milliards d’années, on est plongé dans un univers de roches et de glace, de nature et d’alpinisme et l’on s’extasie sur la terrasse d’une cabane ou au sommet d’un col minéral. A la fois Graal et récompense.
Avec l’âge, j’ai aussi appris à aimer des histoires plus douces, comme celles racontées dans les pâturages boisés du Jura ou l’on s’extrait de la forêt pour longer une crête ou pour rejoindre un alpage. On pourrait même croire que cette vie pastorale est la raison d’être de ce Jura magnifique.
Que ce soit dans les Alpes, dans le Jura et même sur le Plateau, nos forêts se vivent pour elles-mêmes, dans leurs habits naturels. On les aime pour ce qu’elles sont et on se donne souvent pour but de les traverser pour atteindre l’apogée de notre vadrouille.
Ces images que nous connaissons tous ici me trottaient évidemment dans la tête quand j’ai quitté le territoire de Belfort pour entamer la traversée des Vosges. Bien qu’entre Belfort et Thann la forêt soit moins dense que par la suite j’essayais en vain de comprendre ce que je vivais.
Cette forêt « qui n’en finit pas » et qui prend mille visages sans jamais perdre son identité, n’arrivait pas à capter mon attention pleinement et je peinais à avancer comme je l’aurais voulu. Je ne comprenais pas très bien ce que j’étais venue chercher entre tous ces arbres.
On parle de la forêt des Vosges, mais on devrait toujours la mettre au pluriel. On devrait dire les forêts des Vosges.
Faites ici de feuillus de toutes sortes et là de monocultures de pins géants ou d’épicéas malades, on est sans cesse étonné de voir défiler moult paysages sans jamais sortir du bois. Parfois la canopée est si tassée qu’elle nous étreint serrés contre elle, et d’autres fois elle s’élance si haut qu’elle semble nous abandonner au sol.
Que le feuillage nous caresse ou que les cimes craquent dans le vent, jamais aucune forêt ne m’avait procuré autant de sensations fortes et contradictoires.
À l’exception des crêtes des Ballons, dans les Hautes Vosges, une infime partie finalement, on passe le clair de son temps sous les arbres. Impossible de nier la puissance des lieux et encore moins la beauté de ces jungles dont on ne sort pratiquement jamais. Mais il faut le dire, les vues larges sont si rares qu’on les collectionne comme des trophées qu’il faut gagner pas à pas dans des dénivelés dont je n’avais jamais imaginé l’intensité. Comble de l’histoire pour une habitante des Alpes : non seulement le sentier nous amène parfois à faire de longs détours pour gagner le sommet, mais la forêt, toujours elle, se permet de nous boucher toute vue. Que ce soit sur la plaine du Rhin ou sur cette mer de ballons verts dont les dômes se succèdent jusqu’à l’horizon, rien ne nous est offert et le regard continue à buter sur des branches, des feuilles et des cailloux.
Comment justifier ce dénivelé devant un amas de roches gréseuses quand tout est rendu moite, humide et salé, et que la récompense attendue est dérobée ?
Pour moi, cette réalité a été l’occasion de ressentir des émotions extrêmement contrastées, allant de l’émerveillement à l’ennui, avec parfois l’envie de m’enfuir à jamais de cet enfer vert.
Pour bien continuer cette aventure, il me fallait comprendre et, pour comprendre, cesser de lire ce massif comme l’un des nôtres. Les Vosges ne sont ni comme les Alpes, ni comme le Jura, ni même un entre-deux. Les Vosges et ses forêts voulaient me raconter autre chose.
J’ai changé de lunettes ! Non pas que je sois passée chez l’opticien pour m’en faire faire de nouvelles, ni pour me faire poser un sonotone, mais je devais écouter et voir les choses autrement pour comprendre ce que je faisais là. Si, au fond de moi et à mon insu, j’attendais de sortir de la forêt pour vivre pleinement mon aventure, j’allais encore connaître quelques grincements de dents.
J’ai donc décidé d’entrer dorénavant dans la forêt comme on entre dans un livre. Et là tout a changé : les arbres n’étaient plus le décor d’une marche d’approche en forêt ou un passage que l’on traverse, comme chez nous. Mais me sont apparus comme une forteresse qui protège un récit.
Dans les Vosges, l’Histoire se raconte ici et maintenant. Les arbres, bien que fragiles, sont les gardiens de cette histoire. Ils la cachent, la protègent, la préservent du temps. Ils veillent sur ces pages que je vais désormais apprendre à tourner une à une.
Sous le couvert forestier, j’ai trouvé des mots éparpillés au sol.
Si je peine aujourd’hui à les rassembler pour vous raconter les Vosges, c’est qu’ils étaient trop nombreux pour une débutante. Je peux toutefois vous les énumérer. Des sources captées, des menhirs, des voies romaines, des fontaines travaillées, des verreries oubliées, des ermitages, des casemates, des refuges et des abris courus pour randonneurs, des bornes gravées et même une borne pentagonale, des appels à bénévoles pour les club vosgiens effacés par la pluie, des ruines, des stèles, des merisiers et des châtaigniers taillés, des tranchées de 14-18 et même un four crématoire. Tout ce que l’Europe a pu connaître comme drames semble gravé ici dans le grès. Certains chapitres de l’histoire sont plus frais que d’autres mais qu’ils soient partagés ou oubliés n’a sûrement rien à voir avec le temps qui passe.
J’ai découvert des villages serrés contre leur forêt, des places à palabres sans maison, des croisées de chemins habités, des sentiers défoncés par des siècles de passage, des havres de paix reconstitués et des maisons abandonnées. J’aimerais encore tellement vous parler des voies romaines dont j’ai reconnu le rail de freinage comme à Orbe ou vous raconter la légende du cheval qui laissa sa trace de sabot dans la roche. Mais il y a tant de mots dans ce livre qu’il en faudrait plusieurs pour tous les rassembler.
En ouvrant le livre des Vosges, je n’ai pas seulement appris son histoire. J’ai appris que le voyage, qu’il se fasse à pied, à cheval ou en voiture, nous oblige à porter un nouveau regard sur notre monde et sur nous-mêmes.
Ma lecture des Vosges, comme la vôtre de ce texte, se termine ici. Je vous remercie d’avoir pris la peine de vous accrocher, pas à pas, à mes mots pour me comprendre, comme j’ai tenté, mot à mot, de partager mes pas jusqu’à Wissembourg.
Cette journée de fin s’est développée d’une façon si inattendue qu’elle mérite son Hexabref. Mais très bref cet Hexabref hein! Et les bilans attendront.
Je stresse à l’idée de prendre un train SNCF. Je stresse derrière le distributeur. Je stresse mais parfois faut se jeter à l’eau ! Mon hôte Eva 🙏 reste à mes côtés pour me soutenir et m’aiguiller dans cette tâche que je redoute plus que tout. Pour prendre le billet le distributeur me demande l’heure du train. 🤪 j’ai oubié ! Machinalement j’ouvre mon application CFF 🤪 je tape Wissembourg – Basel et à ma grande surprise, non seulement j’ai les horaires qui s’affichent mais je peux payer mon billet directement avec l’appli! In-cro-yable !
J’ai rendez-vous avec mon ami Pierre à Bâle pour récupérer mon minivan. Pierre est dêjà au volant et moi assise dans un wagon SNCF. Je me réjouis d’une petite vanlife pour découvrir encore un peu cette belle Alsace. Impossible de rentrer directement à Leysin sans phase de transition. C’est nécessaire même indispensable pour ne pas sombrer dans les dépressions qui suivent la fin de gros projets. Sur google je cherche un camping de luxe avec piscine, lave-linge et supérette dans la région de Colmar. Quand une notif attire mon attention : Pierre est en panne avec le van qui a câlé à cause de la chaleur ! Mince alors ! A ce moment précis le train s’arrête brusquement. Des chèvres ont décidé de faire barrage à la ponctualité. Quelle synchronicité!
Je vous passe les détails parceque j’ai dit que j’allais pondre un Hexabref bref. Alors Bref !
Finalement de correspondance ratée en billets invalidés je retrouve Pierre à Fribourg. L’Alsace est maintenant bien trop loin, la vanlife trop incertaine; les plans doivent changer. Je décide parmi d’autres options de rapatrier le véhicule dans ma région pour lui trouver une clinique tout en poursuivant encore quelques jour ma vie de nomade. On roule tranquille pour éviter la surchauffe.
Ça péclote, on sort à Montreux et on échoue sur le parking de Chillon pour laisser le moteur refroidir.
Mais comment j’aurai pu imaginer ce matin en prenant mon billet de train à Wissembourg que je me jetterai à l’eau deux fois aujourd’hui???
Demain j’amènerai mon minivan chez le doc des voitures mais ce soir, au bord de la Gouille, j’écoute la pluie tomber sur le toit.
Je vous jure c’est surréaliste comme fin de journée pour moi qui depuis des jours et des jours lutte dans la forêt épaisse des Vosges pour atteindre Wissembourg.
Etang du Duzillet appelé aussi Gouille de St-Triphon
Lempach. Nuit éprouvante. C’est devenu une routine et la perspective de devoir terminer la dernière étape en taxi pour ne pas me retrouver coincée dans un orage violent ne m’a pas aidé à trouver le sommeil.
Finalement à 8h00 tous riques graves étaient écartés et j’ai pu quitter le studio sans fenêtre qui m’avait accueillie.
14km de prévu, ciel couvert, température autour de 25. C’est parti.