
Carnet de bord


Hexa-buissonière
Schirmeck – Le Luttenbach
17.5km / 268D+ / 246D-
Aujourd’hui, comme à mon habitude, je me suis levée tôt. Mon hôte avait proposé de me ramener à Schirmeck afin de m’éviter une heure de descente qui n’était pas prévue au programme, et j’ai accepté avec grand plaisir.
À 6h, je pars donc de Schirmeck pour une journée un peu différente. J’ai décidé de quitter la forêt d’altitude et de longer le canal de la vallée de la Bruche. Mon objectif était simple : raccourcir l’étape Schirmek – Le Luttembach de l’Hexatrek d’une dizaine de kilomètres afin de la faire en un jour. Je n’ai pas envie de réitérer l’expérience de dormir en forêt sans ma tente.






Cette première partie était très agréable même s’il faut reconnaître qu’il y avait beaucoup de béton et que le bitume c’est pas top top mais c’est resté tout à fait supportable grâce à la fraîcheur du matin.
Vers 8h, j’ai commencé à sentir la chaleur et j’ai été particulièrement reconnaissante de retrouver la forêt vers 10h comme prévu.
J’ai choisi hier mon itinéraire avec soin et étudié plusieurs variantes. Je crois que c’est quelque chose qui m’a manqué depuis le début de cette aventure parce que je suis une trace : comprendre la nature du terrain et co.prendre comment ce parcours s’inscrit dans la géographie du lieu. Cette fois, j’ai passé du temps sur les cartes à comprendre les pentes, les rochers et les rivières. J’ai cherché mon propre chemin, réfléchi à l’exposition au soleil et aux passages en forêt. Voir ce plan fonctionner m’a procuré une vraie satisfaction.
J’ai adoré retrouver la plaine après tant de jours en forêt. J’y ai humé des odeurs presque oubliées : celle du foin au soleil,, celle des cassis qui embaument les jardins, étonnamment présente et reconnaissable, l’odeur d’une fleur connue que je n’ai pas su identifier, et celle du pain qui s’échappait d’une boulangerie au passage d’un village.




J’ai également apprécié les nombreux sourires, la curiosité suscitée par mon sac, les questions échangées au détour d’une rue et la gentillesse des personnes rencontrées. On m’a même proposé de l’eau sans que j’en demande. Qu’elles promènent leur chien, nettoient leur jardin ou profitent simplement de la fraîcheur du matin, j’ai aimé ces rencontres.
Petit à petit, la chaleur est devenue plus présente et moins supportable, avec plusieurs passages d’une vingtaine de minutes en plein soleil. C’était éprouvant, mais jamais très long. J’ai pris le temps de multiplier les pauses à l’ombre et de profiter de chaque occasion pour me rafraîchir, en mouillant plusieurs fois mon bandana et mes tee-shirts dans les rivières et les fontaines rencontrées. J’ai même trouvé un coin si frais que j’y ai dessiné.
Lorsque je suis arrivée au camping à 14h45, il était juste temps, car la brasserie fermait à 15h. J’ai savouré une bière panachée. C’est un plaisir peu habituel, surtout quand je randonne seule. Mais j’ai trouvé super agréable.
On m’installe en dortoir, j’ai réservé hier puis, j’ai pris la douche, rincé mes affaires à l’eau fraîche pour enlevé le sel et enfin le repos.
C’était une journée simple, faite de chaleur, d’odeurs, de sourires et de petits plaisirs.
J’aime cette vie.

Chambre d’hôte.
Programme des prochaines 24 Heures : :
Téléphoner pour ma tente – manger – dormir – prévoir mon parcours – manger – dormir – manger – dormir – manger

Période : du 11 juin au 17 juin 2026
Ribeauvillé – Schaenzel – Bernstein – Barr – Neuntelstein – Schirmeck


Dormir dans la journée sur un banc dans la forêt.
L’approvisionnement car je me suis faite avoir par des jours de fermeture
La traversée de Barr avec l’exposition d’artistes
La laie et ses petits qui traversent le chemin

Hexatrek en nobo
15.7km / 136D+ / 728D-

D’abord vous dire que je n’était pas seule hier soir. Voyez au bord du précipice qui me regarde. Ici loin de toutes habitation la surprise est de taille. On sympathise pendant que je préoare ma couche.





J’ai passé cette nuit sans tente de manière plutôt potable mais sans vraiment avoir le sentiment de récupérer quoi que ce soit. J’avais gardé une barre de céréale pour le petit dej maus je l’ai mangée vers 2h00 du mat pensant que le sommeil serait meilleur avec un estomac plein. Ce qui fût le cas. Je me suis rendormie profondément mais à l’heure actuelle je me demande encore pourquoi, vu que je dormais si bien au petit matin, je me suis forcée à me lever, me préparer et à m’en aller avant 6heures. Parce que pour les 15km de descente prévus, j’aurai aussi bien pu continuer à bien me reposer et partir à 9h00 pour viser l’ouverture de la prochaine auberge à dix heures et me mettre quelque chose dans l’estomac.



Avec une nuit compliquée et autant de km dans les pattes on peut parler d’une vèritable erreur stratégique. Tout se paie.
Ma devise est de vivre cette itinérance à l’équilibre pas de mettre mon corps à crédit. C’est raté.9
Tout en marchant je fais la liste de ce que je dois régler à Schirmeck avant de pouvoir continuer. Outre mon problème de tente qui pourra prendre un certain temps, je dois faire contrôler en pharmacie des morsures de tiques dans mon dos, trouver de quoi manger et de quoi dormir ce soir. J’essaie desespérément d’avoir des nouvelles du magasin de sport de Saverne. Entre le manque de réseau, leur répondeur et ma capacité limitée en batterie la tâche est ardue.
Mon chemin m’amène au Struthof. Vous avez déjà entendu parler du Struthof ? Moi pas. Je ne vais rien vous décrire parceque j’ai fini la traversée du Struthof en larme.
Un choc, au Struthof le chemin pédestre traverse un mémorial et les vestiges entretenus du seul camps de concentration nazi sur sol français. Barraque, Komandatur, four..


Mais le souvenir que je veux garder de cette journée, sera cette famille de sanglier qui a traversé devant moi. D’abord un gros dont je n’ai vu que la silhouette. Je me suis figée. Ensuite un plus petit et plus prudent regardant à gauche et à droite et qui s’arrête net en me voyant. Cet instant éternel où l’on se regarde et où nous savons tous les deux qui nous sommes ne dure pas et la bête poursuit son chemin. Je la guette plus haut dans le bois mais ne la vois pas passer, le feuillage frémit. Je décide par prudence de ne toujours pas bouger. La voilà à nouveau sur le sentier, elle me regarde puis disparait. Probablement sur un signal que je n’ai pas perçu, sept petits marcassins traversent pour la suivre.
Merci la vie!

Hexatrek en nobo 15 juin
15,5 km / 980D+ / 313 D-
+ 1,2km 65D+ et 65D- pour aller puiser de l’eau





Beaucoup de montée aujourd’hui et des montées très raides qui se concentraient sur de petites portions alors que d’autres s’étiraient en longueur en amorçant à peine le dénivelé attendu. C’était exigent mais en gardant un rythme tranquille et en faisant de vraies pauses j’en suis venue à bout sans trop de difficulté. Quand je dis de vraies pauses, ce sont de vraies pauses. Aujourd’hui par deux fois je me suis endormie sur un banc!
J’ai un souci matériel qu’il va falloir résoudre d’une manière ou d’une autre, les piquets de ma tente ont cassé. Je n’ai donc plus de tente pour le moment et je vais ce soir dormir dans l’abri du Neuntelstein qui n’a pas de porte. Espérons qu’aucun animal viendra me reprocher de squatter sa maison.




J’ai visé cet abri d’une part parcequ’il était à une distance de Barr qui me semblait raisonnable mais aussi parce que mon topo annonçait une source à proximité et que je pourrai m’éviter de porter mes deux litres de bivouac sur une grande distance.
Le dernier Hexatrekeur qui a passé à cette source parle d’une source « qui donne bien » mais il a passé en mars et c’est un peu inquiète (car trop fatiguée pour poursuivre) que je suis partie à sa recherche.
Après une telle journée l’exercice n’était pas très avenant. Une sapinière à moitié morte, des arbres secs plantés en enfilade et une pente raide et sablonneuse qui glissait sous la semelle. J’ai défait mon gros sac et j’en ai extrait mon petit et la gourde. J’ai pris mon courage à deux mains pour descendre dans ce trou. Vraiment ça ne faisait pas envie mais de l’eau il m’en faut.
65m de dénivelé plus bas le chemin se met à flan de coteau et m’emmène dans un terrain de plus en plus humide jusqu’à ce que je la trouve. Ici point de fontaine ou de bassin, point de canalisation si ce n’est trois blocs de pierre « datant de Mathusalem » Un pur émoi m’a étreinte.
Cette source est là depuis bien plus longtemps que ces foutus sapins !





Aujourd’hui je suis dans le massif du Mont Sainte Odile. Cette grimpette depuis Barr c’était pour rejoindre exactement le Mont Sainte Odile. Au sommet il y a un mur naturel, le mur païen comme ils l’appellent. Des blocs de roches laissé ici après l’érosion. Un peu comme les pyramide d’Euseigne en 100 fois plus grand, plus large et nettement moins poitus. Je compare les phénomènes géologiques pas l’aspect.
J’aurai encore beaucoup à dire sur cette journée, l’état des forêts me désolent toujours autant voire peut-être encore plus qu’au début. Heureusement qu’entre chaque épisode désastreux, certains ont pris les choses en mains et jardinent un peu pour lui redonner sa diversité.
Je vais filtrer mon eau, la faire bouillir et je pourrai me faire à manger.
Mais avant, quelques téléphones s’imposent pour tenter de redonner un jour des piquets à ma tente.

Je suis assise dans ma tente.
Il est 5h30 mon sac est bien fermé.
Il a encore plein de place.
Pourquoi ?
Hexatrek en nobo
14 juin – Bernstein – Barr
15,5km 352D+ / 605D-
Je suis partie vers 6h00 heure ce matin après sans doute ce qui a été mon meilleur bivouac depuis que j’ai commencé cet Hexatrek. Dormir au pied du château du Bernstein avait quelque chose de sécurisant. J’ai dormi profondément et je me suis requinquée, retapée.




Les kilomètres et le dénivelé se sont enchaînés sans difficulté. Puis, peu à peu, j’ai quitté les hauteurs pour descendre dans la plaine d’Alsace.
J’ai traversé de petits villages lovés entre vigne et forêts. Puis je me suis retrouvée à 250 mètres d’altitude, c’est vraiment pas habituel pour moi, j’ai découvert une sensation nouvelle, comme si l’air avait plus de poids, plus de présence.





J’ai découvert des cerises de différentes sortes, de différentes couleurs, au bord du chemin. Partout, les fruits en devenir ou déjà mûrs racontaient la même chose : l’été est arrivé. Même des mûres mûres sur un mur qui murmuraient. Je les ai toutes boulotées.
Aujourd’hui, malgré le bitume et la chaleur, malgré mon sac alourdi par le pain, le fromage, les tomates et les radis achetés dans le premier village traversé, je me sens bien. Mon dos va bien, mes pieds vont bien, mes genoux font leur travail. Je n’ai ni mal au ventre ni mal à la tête. J’ai de l’eau, j’ai à manger et, surtout, j’ai retrouvé cette sensation précieuse d’être simplement en forme.





Après des semaines de marche, il y a parfois des journées où tout semble à sa place. Celle-ci en faisait partie.
Arrivée à Barr vers 13h00, j’ai traversé le marché, admiré une exposition d’artistes installés dans les rues et pris le temps de discuter avec certains d’entre eux. J’ai aimé cette parenthèse vivante après tant de forêts.
Demain, je repartirai pour un nouveau bivouac et je remonterai en altitude. Mais ce soir, après les mûres, les griottes, les vignes et l’animation de Barr, je savoure pleinement cette belle fin de journée, avec sa douche, ses restes de pique-nique, cette merveilleuse tomate et mes radis.
