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Chercher sa voix

1.1 /12 juillet 2026

Maintenant que je suis sevrée de ma vie nomade, je dois réapprendre tous ces gestes de sédentaire qui m’envahissent tellement. 

C’était si simple de mettre un pied devant l’autre et de s’ébaubir sans chercher son programme de midi à quatorze heures, de refermer son sac sur tout son barda plutôt que de réfléchir, comparer et faire des listes. C’était si simple de manger quand j’avais faim, de me reposer quand j’étais fatiguée et d’écouter ce corps réclamer avec finesse tout ce qui lui était nécessaire. C’était si simple d’aller à Wissembourg à pied.

À présent, il me faut à nouveau allumer mes alarmes, suivre mes pictos, trouver des stratégies pour initier chaque geste, faire des listes, des projets, des choix, les courses redeviennent multicritères parce que la sédentarité refuse la simplicité : léger et bourratif. 

J’ai beau faire l’inventaire sur tout ce qui me manque et de chercher son équivalent maison, je butte sur une réalité : ma vie n’est plus la même, mes besoins ne sont plus les mêmes, je ne suis plus la même. Je ne suis plus celle qui marche, je ne suis plus celle qui allait faire une année nomade et encore moins celle qui est déjà partie. Je suis juste moi, celle qui doit choisir un nouveau chemin avec ce que je suis devenue.

Si je suis partie ce printemps sur l’Hexatrek Grand Est c’est parce que des événements familiaux, survenus en début d’année, m’ont amputée d’un vaste projet construit depuis les limbes de Luan :  Un projet de voyage à pied et en minivan à travers la France, et peut-être même l’Europe. Le départ était prévu pour septembre 2026 et le retour pour perpette les oies. 

J’ai préféré gérer la frustration de ne partir « que » pour 670km que d’accepter à contre coeur de ne pas partir du tout.  J’y reviendrai peut-être. 

Tout me manque! Déjà le projet de mes années nomades mais tout ce qui a fait mon quotidien pendant 8 semaines.

Il y a peut être un de ces manques qui serait possible de conserver ou de faire revivre : ce rendez-vous quotidien avec des mots qui racontent.

Je ne marcherai plus vers Wissembourg, mais vers une destination nouvelle, une destination que vous tiendrez peut-être un jour entre vos mains.

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Le livre des Vosges

Demain cela fera 10 jours que je suis arrivée à Wissembourg. Cette longue et chaude traversée des Vosges est encore très présente, mais chaque jour je perds un détail et l’histoire se déconstruit peu à peu.

Je vis à Leysin, dans les Alpes vaudoises. C’est dans ces Alpes que, depuis enfant, je crapahute et que j’apprends à écouter ce que me raconte le paysage. En marche d’approche, on finit toujours par passer la limite des arbres, au-dessus des prés fleuris et des alpages traditionnels, la géologie nous parle en milliards d’années, on est plongé dans un univers de roches et de glace, de nature et d’alpinisme et l’on s’extasie sur la terrasse d’une cabane ou au sommet d’un col minéral. A la fois Graal et récompense.

Avec l’âge, j’ai aussi appris à aimer des histoires plus douces, comme celles racontées dans les pâturages boisés du Jura ou l’on s’extrait de la forêt pour longer une crête ou pour rejoindre un alpage. On pourrait même croire que cette vie pastorale est la raison d’être de ce Jura magnifique.

Que ce soit dans les Alpes, dans le Jura et même sur le Plateau, nos forêts se vivent pour elles-mêmes, dans leurs habits naturels. On les aime pour ce qu’elles sont et on se donne souvent pour but de les traverser pour atteindre l’apogée de notre vadrouille.

Ces images que nous connaissons tous ici me trottaient évidemment dans la tête quand j’ai quitté le territoire de Belfort pour entamer la traversée des Vosges. Bien qu’entre Belfort et Thann la forêt soit moins dense que par la suite j’essayais en vain de comprendre ce que je vivais.

Cette forêt « qui n’en finit pas » et qui prend mille visages sans jamais perdre son identité, n’arrivait pas à capter mon attention pleinement et je peinais à avancer comme je l’aurais voulu. Je ne comprenais pas très bien ce que j’étais venue chercher entre tous ces arbres.

On parle de la forêt des Vosges, mais on devrait toujours la mettre au pluriel. On devrait dire les forêts des Vosges.

Faites ici de feuillus de toutes sortes et là de monocultures de pins géants ou d’épicéas malades, on est sans cesse étonné de voir défiler moult paysages sans jamais sortir du bois. Parfois la canopée est si tassée qu’elle nous étreint serrés contre elle, et d’autres fois elle s’élance si haut qu’elle semble nous abandonner au sol.

Que le feuillage nous caresse ou que les cimes craquent dans le vent, jamais aucune forêt ne m’avait procuré autant de sensations fortes et contradictoires.

À l’exception des crêtes des Ballons, dans les Hautes Vosges, une infime partie finalement, on passe le clair de son temps sous les arbres. Impossible de nier la puissance des lieux et encore moins la beauté de ces jungles dont on ne sort pratiquement jamais. Mais il faut le dire, les vues larges sont si rares qu’on les collectionne comme des trophées qu’il faut gagner pas à pas dans des dénivelés dont je n’avais jamais imaginé l’intensité. Comble de l’histoire pour une habitante des Alpes : non seulement le sentier nous amène parfois à faire de longs détours pour gagner le sommet, mais la forêt, toujours elle, se permet de nous boucher toute vue. Que ce soit sur la plaine du Rhin ou sur cette mer de ballons verts dont les dômes se succèdent jusqu’à l’horizon, rien ne nous est offert et le regard continue à buter sur des branches, des feuilles et des cailloux.

Comment justifier ce dénivelé devant un amas de roches gréseuses quand tout est rendu moite, humide et salé, et que la récompense attendue est dérobée ?

Pour moi, cette réalité a été l’occasion de ressentir des émotions extrêmement contrastées, allant de l’émerveillement à l’ennui, avec parfois l’envie de m’enfuir à jamais de cet enfer vert.

Pour bien continuer cette aventure, il me fallait comprendre et, pour comprendre, cesser de lire ce massif comme l’un des nôtres. Les Vosges ne sont ni comme les Alpes, ni comme le Jura, ni même un entre-deux. Les Vosges et ses forêts voulaient me raconter autre chose.

J’ai changé de lunettes ! Non pas que je sois passée chez l’opticien pour m’en faire faire de nouvelles, ni pour me faire poser un sonotone, mais je devais écouter et voir les choses autrement pour comprendre ce que je faisais là. Si, au fond de moi et à mon insu, j’attendais de sortir de la forêt pour vivre pleinement mon aventure, j’allais encore connaître quelques grincements de dents.

J’ai donc décidé d’entrer dorénavant dans la forêt comme on entre dans un livre. Et là tout a changé : les arbres n’étaient plus le décor d’une marche d’approche en forêt ou un passage que l’on traverse, comme chez nous. Mais me sont apparus comme une forteresse qui protège un récit.

Dans les Vosges, l’Histoire se raconte ici et maintenant. Les arbres, bien que fragiles, sont les gardiens de cette histoire. Ils la cachent, la protègent, la préservent du temps. Ils veillent sur ces pages que je vais désormais apprendre à tourner une à une.

Sous le couvert forestier, j’ai trouvé des mots éparpillés au sol.

Si je peine aujourd’hui à les rassembler pour vous raconter les Vosges, c’est qu’ils étaient trop nombreux pour une débutante. Je peux toutefois vous les énumérer. Des sources captées, des menhirs, des voies romaines, des fontaines travaillées, des verreries oubliées, des ermitages, des casemates, des refuges et des abris courus pour randonneurs, des bornes gravées et même une borne pentagonale, des appels à bénévoles pour les club vosgiens effacés par la pluie, des ruines, des stèles, des merisiers et des châtaigniers taillés, des tranchées de 14-18 et même un four crématoire. Tout ce que l’Europe a pu connaître comme drames semble gravé ici dans le grès. Certains chapitres de l’histoire sont plus frais que d’autres mais qu’ils soient partagés ou oubliés n’a sûrement rien à voir avec le temps qui passe.

J’ai découvert des villages serrés contre leur forêt, des places à palabres sans maison, des croisées de chemins habités, des sentiers défoncés par des siècles de passage, des havres de paix reconstitués et des maisons abandonnées. J’aimerais encore tellement vous parler des voies romaines dont j’ai reconnu le rail de freinage comme à Orbe ou vous raconter la légende du cheval qui laissa sa trace de sabot dans la roche. Mais il y a tant de mots dans ce livre qu’il en faudrait plusieurs pour tous les rassembler.

En ouvrant le livre des Vosges, je n’ai pas seulement appris son histoire. J’ai appris que le voyage, qu’il se fasse à pied, à cheval ou en voiture, nous oblige à porter un nouveau regard sur notre monde et sur nous-mêmes.

Ma lecture des Vosges, comme la vôtre de ce texte, se termine ici. Je vous remercie d’avoir pris la peine de vous accrocher, pas à pas, à mes mots pour me comprendre, comme j’ai tenté, mot à mot, de partager mes pas jusqu’à Wissembourg.

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Mon sac

Je me suis donc réfugiée dans la fraîcheur du temple et, pour passer le temps tout en essayant de faire fonctionner ce qu’il reste de mes neurones après plusieurs jours de canicule, je me suis lancée dans un exercice un peu particulier : faire de mémoire l’inventaire complet de mon sac.

Après plusieurs semaines de marche, on pourrait croire que je transporte une quantité impressionnante de matériel. En réalité, tout ce qui se trouve dans mon sac répond à une fonction précise.

Il y a de quoi dormir : une tente, un matelas, un sac de couchage et un sac à viande.

Il y a de quoi cuisiner : un Jetboil, du gaz, une cuillère, un briquet, un Opinel et quelques sachets de thé.

Il y a de quoi transporter l’eau : une gourde d’un litre, une flasque filtrante d’un litre et une réserve souple de deux litres pour les bivouacs.

Côté vêtements, je n’ai rien de trop. Imaginons qu’il fasse froid (!) et que je porte toute ma tenue : presque tout y est déjà. À cette tenue complète s’ajoutent simplement un pantalon pour le soir et la nuit, un deuxième t-shirt, une paire de chaussettes, deux culottes et un maillot de bain. Gants, bonnet, bandeau. C’est tout.

La tenue complète, c’est : chaussettes, pantalon court, culotte, brassière, t-shirt à manches courtes, t-shirt à manches longues, doudoune et coupe-vent/veste de pluie. Ah oui, j’oubliais : pour la pluie, j’ai aussi un pantalon Gore-Tex assorti à la veste.

Ma dernière lessive en machine remonte à Belfort, il y a maintenant environ quatre semaines. Je crois. 

Je marche avec deux t-shirts : un sur moi et un qui sèche sur le sac. Je les alterne à chaque arrêt. Je les rince à l’eau quand j’en ai, et au savon le soir en refuge ou en camping si je suis sûre que tout sera sec avant 5 h du matin.

J’emporte aussi une petite pharmacie pour les bobos du marcheur, un kit tire-tique, de la Bétadine ainsi qu’une trousse de réparation pour le matériel. Sans oublier le téléphone, trois câbles et deux petites batteries externes.

Je trimballe également mes WC (sachets poubelles, mouchoirs, lingettes, gel hydroalcoolique) et ma salle de bain (dentifrice, brosse à dents, crème hydratante, huiles essentielles de lavande et de gaulthérie, mini linge de toilette et savon solide).

Dans les pochettes latérales on trouve encore la crème solaire, mon bandana, un filet pour la cueillette et mon ventolin.

Qu’est-ce que j’oublie dans cette liste ? Mes bâtons comme d’hab !

Et puis il y a ce que j’appelle mon sac à plaisir. Dedans se trouvent mon carnet de dessin, mes mini-crayons de couleur, un stylo, mon porte-monnaie et mes papiers. Si je suis honnête, c’est probablement la seule catégorie de matériel qui ne sert ni à marcher, ni à manger, ni à dormir. Mais c’est aussi celle dont j’aurais le plus de peine à me séparer.

En faisant cet inventaire, je réalise que mon confort tient finalement dans très peu de choses. Après plusieurs semaines sur les chemins, les objets compliqués ont disparu. Ne restent que ceux qui sont réellement utiles, et quelques-uns qui nourrissent autre chose que le corps.

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Géologie des Vosges

Je n’avais aucune idée de ce qu’étaient les Vosges mais j’imaginais un morceau de Jura qu’on traine derrière soi !

La honte.

En fait les Vosges sont les vestiges d’une très ancienne chaîne de montagnes appelée chaîne dite varisque ou hersynienne.

Elle s’est formée il y a environ 350 millions d’années, donc bien avant les Alpes et le Jura. À cette époque, les Vosges faisaient partie d’un immense massif qui comprenait aussi la Bretagne, le Massif central, les Ardennes et la Forêt-Noire.

Au fil du temps, cette chaîne a été presque entièrement usée par l’érosion. Puis, lors de la formation des Alpes il y a environ 50 millions d’années, les mouvements de la croûte terrestre ont soulevé les Vosges et la Forêt-Noire de part et d’autre du fossé rhénan. Les Alpes et le Jura sont donc beaucoup plus jeunes que les Vosges.

Je savais que la Bretagne était un énorme massif erodé mais pas je ne savais pas qu’ entre la Bretagne et les Vosges il y avait un rapprochement à faire.

Des Ballons ronds

En traversant les Vosges du sud vers le nord, on rencontre des roches différentes. Autour de Thann et des Ballons dominent le granite et le gneiss, des roches très anciennes qui donnent naissance aux sommets arrondis caractéristiques des Hautes-Vosges.

Plus au nord, vers Ribeauvillé, apparaissent les poudingues, roches formées de galets cimentés entre eux. Un peu comme vers le Mont Pèlerin. Puis viennent les grès, qui forment de grands rochers, des falaises et des chaos rocheux comme ceux du Taennchel. Vu un peu hier et je pense que j’en verrai d’autres les jours qui viennent.

Cette diversité géologique explique pourquoi les paysages changent autant au cours de la traversée : les ballons aux formes douces du sud n’ont pas le même aspect que les impressionnants rochers des Vosges centrales et septentrionales.

Teannchel

En quelques jours de marche, j’ai ainsi traversé plusieurs centaines de millions d’années d’histoire géologique, depuis les vieux massifs granitiques des Ballons jusqu’aux rochers de grès qui annoncent les Vosges du Nord.

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Voyager à pied

J’ai pris deux nuits à Thann. Je dois retrouver des chaussures et refaire mes provisions.

J’ai presque envie d’en prendre une troisième, mais je me sens coupable de ne pas avoir de bonne raison de le faire.

Hier, j’étais sur le point d’abandonner. Avec les cloques aux pieds, mon sac déglingué, mes habits mouillés et cette incapacité, une heure après mon arrivée, à trouver le gîte d’étape.

Je me suis affalée sur un banc public, j’ai sorti mon téléphone et tapé dans Google : « hôtel Thann ». C’est presque une capitulation, parce que des nuits à 100 euros au lieu de 20 raccourcissent considérablement la longueur du chemin.

J’en étais rendue au stade où la dépense qui sabote le projet n’avait plus d’importance quand une voix enjouée m’a interpellée.

C’était Michael, une des personnes avec qui j’avais sympathisé un peu plus que les autres à l’Hexateuf. Il était là, souriant, comme si nous nous étions quittés la veille. L’accolade était pleine de bonté et il m’a indiqué où trouver le gîte.

Je suis bien ici. Le refuge est tranquille, peu cher, et je passe du temps avec des gens qui pourraient être des amis et qui, contrairement à beaucoup d’autres, ne sont pas pressés d’avancer coûte que coûte.

Ça fait du bien.

Ces derniers jours, je me suis rendu compte que je me laissais influencer davantage que je ne le pensais par le contexte : l’Hexatrek, les discussions de groupe, les marcheurs croisés, les habitudes du milieu, cette fascination permanente pour les chiffres.

Nous sommes tous influencés par les groupes que nous fréquentons. Le conformisme n’est pas toujours un gros mot, mais il peut nous éloigner de nos propres aspirations.

Petit à petit, je me suis mise à regarder mon voyage à travers des préoccupations qui ne sont pas vraiment les miennes.

De quelle nature est cette envie qui me fait marcher ?

C’est une question à laquelle je vais devoir répondre.

Une tristesse m’a accompagnée ces derniers jours. Au début elle était discrète, mais maintenant elle prend toute la place : la forêt vosgienne se meurt.

Je traverse des paysages fabuleux, mais je vois aussi des sapinières entières qui souffrent, des arbres qui meurent, des versants qui changent. Cette forêt est à la fois luxuriante et à bout de souffle. Tout en offrant ses odeurs de mousse, de pin, de fraise et parfois même de vanille, elle me parle de ses plaies.

Peut-être parce que je marche lentement. Peut-être parce que j’ai le temps de regarder. Peut-être aussi parce que je ne traverse pas seulement des kilomètres : je traverse des lieux.

Et c’est peut-être là que se trouve mon malaise avec l’Hexatrek.

J’aime cette aventure, mais quelque chose me semble parfois étroit. J’ai souvent l’impression d’être sur une grande autoroute de randonnée. Tout le monde suit la même ligne. Les marcheurs passent vite. Les villages voient défiler les sacs à dos. Les discussions tournent presque toujours autour du trek lui-même. On dit si peu de ce que l’on sent, entend ou découvre.

Pourtant, dès que je quitte un peu cette ligne, quelque chose change. Il m’est arrivé de m’égarer, de passer ailleurs. Ce n’est pas seulement l’usure de la sente qui varie. Dans les endroits où les marcheurs sont rares, les rencontres sont différentes. Les gens sont curieux. Les lieux reprennent de l’épaisseur.

Mon histoire n’est peut-être pas d’abord celle d’un itinéraire ou d’une destination, mais celle d’une itinérance.

Je ne fais pas un trek. Je voyage. Certes à pied, mais je voyage.

C’est peut-être cela que j’essaie de toucher du doigt depuis le départ et qui m’échappe sans cesse.

Cela vaut aussi pour l’argent.

Mes ressources ne sont pas là pour atteindre un but, mais pour nourrir le voyage à pied le plus longtemps possible. Confort inclu.

Revenir à ce qui m’a toujours poussée à partir : vivre.

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Cinq heures du mat

Et avant de partir je vous dis : soirée mémorable !

J’ai même bu du bon vin rouge ! Sisi 🙂

D’abord il y a eu la visite de Kévin. Un cycliste tout terrain qui roule comme un bandit mais qui parle mieux que personne de son pays ! Avec lui on s’est lâché à râler contre les Parisiens. Mais des Parisiens il y en avait deux pas loin et qui, pour nous faire mentir nous ont offert le coup de rouge !

Belle soirée à papoter ! Ça change des dodo à 20h. D’ailleurs ce matin je dormirai bien un peu plus…

Euh non on rale plus 😂 go !

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Nuit debout

2h45 debout dans la cuisine glacée du gîte.

Le temps est super moche depuis plus d’une semaine et pourtant ce soir nous sommes cinq longues distances à occuper la moitié du gîte communal des Alliés. Tous marchent en SOBO sauf moi 😅

Une Parisienne fait le GTJ (Grand Tour du Jura), un jeune retraité du Sud de la France suit le GR5 et un couple d’Hexatrekeurs,  néo-zélandais, sont partis il y a un mois de Wissembourg.

Une drôle de tribu détrempée qui parle dénivelé, réchauds, menus, poids des sacs, et météo. Mais surtout de  parfaits inconnus qui partagent l’intime très concret de leur existence au milieu de chaussettes qui sèchent !

Quitter la chaleur de nos nids douillets pour venir marcher sous la pluie glaciale du Jura français… on a tous un bon petit grain quand même !

Bon… la poule va maintenant retourner dans ses plumes. Il fait froid dans cette cuisine.

Alp

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Le passé est passé

Aujourd’hui, le chemin traversait un paysage de vies anciennes.

Dans un petit chalet caché dans la forêt j’ai vécu des instants forts et mémorables, des nouvels ans et des étés inoubliables. Non loin de là, j’ai aimé un berger et partagé son alpage. Et ses amis aussi. On travaillait dur et on riait beaucoup, on vivait au grand air. J’ai souvenir qu’un jour,  nous jouions à la pétanque et une renarde nous a volé le cochonnet!

Derrière le petit chalet, dans les tréfonds de la forêt, j’avais déposé, avant de partir définitivement, aux creux des rochers moussus de petites statuettes en terre cuite que j’avais modelées. Des personnages figés dans lesquels j’avais enfermé toute ma souffrance. Je les avais cachés afin de confier aux bons soins des lutins, quelque chose que je ne voulais plus porter.

Aujourd’hui, j’ai pensé leur rendre visite. Les chercher. Les déterrer, peut-être. Retrouver peut-être le sens de cette vieille souffrance.

Puis finalement, j’ai laissé filer mon pas et étonamment,  je n’ai éprouvé aucune nostalgie. Juste contente de passer à côté de mon passé sans rien regretter.

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L’eau c’est la vie

Hier, j’avais prévu de monter jusqu’à 1200 mètres, au pied de la Dôle paeceque sur l’Hexacarte était signalé une place de bivouac avec une fontaine.

Mais arrivée à 900m j’en avais plein le dos et plein les baguettes alors j’ai cherché un bout de plat dans cette forêt abrupte et j’ai planté ma tente avant l’averse.

Il ne me restait que 75 cl d’eau pour le souper, la toilette et la nuit.

Dans ces moments-là, l’eau change complètement de valeur. Elle n’est plus un geste automatique du quotidien. Elle devient quelque chose qu’on calcule, qu’on répartit et qu’on protège.

Je l’ai chauffée pour réhidrater mon riz  dans une petite casserole avec quelques herbes sauvages et un peu de bouillon. Puis j’ai bu le liquide qui n’avait pas été absorbé par le riz. Rien ne s’est perdu cette eau-là faisait à la fois le repas, la chaleur et l’hydratation. Il restait encore un peu d’eau dans la gourde. De quoi infuser un peu d’asperule avec un sachet de verveine et j’ai gardé au fond de la gourde une minuscule réserve pour le lendemain matin. Une petite goutte de sécurité.

Ce matin, je me suis remerciée de cette goutte qui a décollé le fond de ma gorge et j’ai entamé les 300m de d+  qui m’ont apporté la vie, l’eau c’est la vie.

Je savoure maintenant le plaisir de remplir les gourdes, de boire longuement, de laver un peu de linge au soleil.