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Le livre des Vosges

Demain cela fera 10 jours que je suis arrivée à Wissembourg. Cette longue et chaude traversée des Vosges est encore très présente, mais chaque jour je perds un détail et l’histoire se déconstruit peu à peu.

Je vis à Leysin, dans les Alpes vaudoises. C’est dans ces Alpes que, depuis enfant, je crapahute et que j’apprends à écouter ce que me raconte le paysage. En marche d’approche, on finit toujours par passer la limite des arbres, au-dessus des prés fleuris et des alpages traditionnels, la géologie nous parle en milliards d’années, on est plongé dans un univers de roches et de glace, de nature et d’alpinisme et l’on s’extasie sur la terrasse d’une cabane ou au sommet d’un col minéral. A la fois Graal et récompense.

Avec l’âge, j’ai aussi appris à aimer des histoires plus douces, comme celles racontées dans les pâturages boisés du Jura ou l’on s’extrait de la forêt pour longer une crête ou pour rejoindre un alpage. On pourrait même croire que cette vie pastorale est la raison d’être de ce Jura magnifique.

Que ce soit dans les Alpes, dans le Jura et même sur le Plateau, nos forêts se vivent pour elles-mêmes, dans leurs habits naturels. On les aime pour ce qu’elles sont et on se donne souvent pour but de les traverser pour atteindre l’apogée de notre vadrouille.

Ces images que nous connaissons tous ici me trottaient évidemment dans la tête quand j’ai quitté le territoire de Belfort pour entamer la traversée des Vosges. Bien qu’entre Belfort et Thann la forêt soit moins dense que par la suite j’essayais en vain de comprendre ce que je vivais.

Cette forêt « qui n’en finit pas » et qui prend mille visages sans jamais perdre son identité, n’arrivait pas à capter mon attention pleinement et je peinais à avancer comme je l’aurais voulu. Je ne comprenais pas très bien ce que j’étais venue chercher entre tous ces arbres.

On parle de la forêt des Vosges, mais on devrait toujours la mettre au pluriel. On devrait dire les forêts des Vosges.

Faites ici de feuillus de toutes sortes et là de monocultures de pins géants ou d’épicéas malades, on est sans cesse étonné de voir défiler moult paysages sans jamais sortir du bois. Parfois la canopée est si tassée qu’elle nous étreint serrés contre elle, et d’autres fois elle s’élance si haut qu’elle semble nous abandonner au sol.

Que le feuillage nous caresse ou que les cimes craquent dans le vent, jamais aucune forêt ne m’avait procuré autant de sensations fortes et contradictoires.

À l’exception des crêtes des Ballons, dans les Hautes Vosges, une infime partie finalement, on passe le clair de son temps sous les arbres. Impossible de nier la puissance des lieux et encore moins la beauté de ces jungles dont on ne sort pratiquement jamais. Mais il faut le dire, les vues larges sont si rares qu’on les collectionne comme des trophées qu’il faut gagner pas à pas dans des dénivelés dont je n’avais jamais imaginé l’intensité. Comble de l’histoire pour une habitante des Alpes : non seulement le sentier nous amène parfois à faire de longs détours pour gagner le sommet, mais la forêt, toujours elle, se permet de nous boucher toute vue. Que ce soit sur la plaine du Rhin ou sur cette mer de ballons verts dont les dômes se succèdent jusqu’à l’horizon, rien ne nous est offert et le regard continue à buter sur des branches, des feuilles et des cailloux.

Comment justifier ce dénivelé devant un amas de roches gréseuses quand tout est rendu moite, humide et salé, et que la récompense attendue est dérobée ?

Pour moi, cette réalité a été l’occasion de ressentir des émotions extrêmement contrastées, allant de l’émerveillement à l’ennui, avec parfois l’envie de m’enfuir à jamais de cet enfer vert.

Pour bien continuer cette aventure, il me fallait comprendre et, pour comprendre, cesser de lire ce massif comme l’un des nôtres. Les Vosges ne sont ni comme les Alpes, ni comme le Jura, ni même un entre-deux. Les Vosges et ses forêts voulaient me raconter autre chose.

J’ai changé de lunettes ! Non pas que je sois passée chez l’opticien pour m’en faire faire de nouvelles, ni pour me faire poser un sonotone, mais je devais écouter et voir les choses autrement pour comprendre ce que je faisais là. Si, au fond de moi et à mon insu, j’attendais de sortir de la forêt pour vivre pleinement mon aventure, j’allais encore connaître quelques grincements de dents.

J’ai donc décidé d’entrer dorénavant dans la forêt comme on entre dans un livre. Et là tout a changé : les arbres n’étaient plus le décor d’une marche d’approche en forêt ou un passage que l’on traverse, comme chez nous. Mais me sont apparus comme une forteresse qui protège un récit.

Dans les Vosges, l’Histoire se raconte ici et maintenant. Les arbres, bien que fragiles, sont les gardiens de cette histoire. Ils la cachent, la protègent, la préservent du temps. Ils veillent sur ces pages que je vais désormais apprendre à tourner une à une.

Sous le couvert forestier, j’ai trouvé des mots éparpillés au sol.

Si je peine aujourd’hui à les rassembler pour vous raconter les Vosges, c’est qu’ils étaient trop nombreux pour une débutante. Je peux toutefois vous les énumérer. Des sources captées, des menhirs, des voies romaines, des fontaines travaillées, des verreries oubliées, des ermitages, des casemates, des refuges et des abris courus pour randonneurs, des bornes gravées et même une borne pentagonale, des appels à bénévoles pour les club vosgiens effacés par la pluie, des ruines, des stèles, des merisiers et des châtaigniers taillés, des tranchées de 14-18 et même un four crématoire. Tout ce que l’Europe a pu connaître comme drames semble gravé ici dans le grès. Certains chapitres de l’histoire sont plus frais que d’autres mais qu’ils soient partagés ou oubliés n’a sûrement rien à voir avec le temps qui passe.

J’ai découvert des villages serrés contre leur forêt, des places à palabres sans maison, des croisées de chemins habités, des sentiers défoncés par des siècles de passage, des havres de paix reconstitués et des maisons abandonnées. J’aimerais encore tellement vous parler des voies romaines dont j’ai reconnu le rail de freinage comme à Orbe ou vous raconter la légende du cheval qui laissa sa trace de sabot dans la roche. Mais il y a tant de mots dans ce livre qu’il en faudrait plusieurs pour tous les rassembler.

En ouvrant le livre des Vosges, je n’ai pas seulement appris son histoire. J’ai appris que le voyage, qu’il se fasse à pied, à cheval ou en voiture, nous oblige à porter un nouveau regard sur notre monde et sur nous-mêmes.

Ma lecture des Vosges, comme la vôtre de ce texte, se termine ici. Je vous remercie d’avoir pris la peine de vous accrocher, pas à pas, à mes mots pour me comprendre, comme j’ai tenté, mot à mot, de partager mes pas jusqu’à Wissembourg.

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Hexabilan : La dernière !

Les chiffres de la semaine :

  • 0 bivouac, 0 camping, 0 cabane, 0 dortoir, 2 Airbnb, 1 hôtel, 1 studio, 1 Ange-gardien
  • 51km / 1497D+ /1500D-

Wissembourg!

Du 25 au 30 juin 2026

En pleine canicule et après la looongue semaine de huit jours, Madelon obtient  enfin ce que tout randonneur est en droit d’espérer dans ces conditions : la semaine de cinq jours.

Au matin du dernier jour, deenière adaptation : l’orage a obligé Madelon à repousser son départ jusqu’au milieu de la matinée et à marcher sous un ciel de traine.  D’abord denses et protecteurs les nuages ont disparu comme une traînée de poudre. Le roi soleil a repris le commandement en lançant une contre-offensive à plus de 30 et escorta Madelon des derniers remparts jusqu’à la fameuse boîte.

A la fameuse boîte, Eva a débarqué avec sa camionnette pour fêter la victoire avant de battre en retraite dans sa maison emmenant soldate Madelon où malheureusement une fois de plus, la chaleur était restée prisonnière.

Les étapes de la semaine

  • Niederbronn : 4,5 km / 200 D+ / 200 D-
  • Windstein : 10,5 km / 353 D+ / 340 D-
  • Obersteinbach : 8,2 km / 429 D+ / 395 D-
  • Lembach : 13,8 km / 193 D+ / 245 D-
  • Wissembourg : 14,7 km / 322 D+ / 350 D-.

Les marquants de cette huitième semaine

Un lieu  : le gîte d’Obersteinbach

Une rencontre : Eva, Trek Angel

Une image  :

À la suite de ce chaos caniculaire, les températures chutent enfin pour le plus grand soulagement de nos organismes.

Et maintenant les Alpes de Nord ?

Une nouvelle bataille s’annonce sous un dôme similaire aux alentours du 6 juillet. Attaquer les Alpes maintenant pourrait s’avérer encore plus compliqué que la lutte des Vosges.

Après huit semaines de campagne en NOBO Madelon suspend son HexaTrek jusqu’à nouvel ordre.

Le haut commandement ordonne un repli stratégique. Il est temps de reconstituer les munitions (dont les dernières ont été englouties dans la panne du minivan), de renouveler ou de réparer le matériel et d’alléger le sac avant d’ouvrir un nouveau front.

En attendant Madelon rentre au quartier général. L’opération Grand Est est terminée avec succès.

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Mardi.08 Hexafin 2026

Hexatrek en nobo 2026

Cette journée de fin s’est développée d’une façon si inattendue qu’elle mérite son Hexabref. Mais très bref cet Hexabref hein! Et les bilans attendront.

Je stresse à l’idée de prendre un train SNCF. Je stresse derrière le distributeur. Je stresse mais parfois faut se jeter à l’eau ! Mon hôte Eva 🙏 reste à mes côtés pour me soutenir et m’aiguiller dans cette tâche que je redoute plus que tout. Pour prendre le billet le distributeur me demande l’heure du train.  🤪 j’ai oubié ! Machinalement j’ouvre mon application CFF 🤪 je tape Wissembourg – Basel et à ma grande surprise, non seulement j’ai les horaires qui s’affichent mais je peux payer mon billet directement avec l’appli! In-cro-yable !

J’ai rendez-vous avec mon ami Pierre à Bâle pour récupérer mon minivan. Pierre est dêjà au volant et moi assise dans un wagon SNCF. Je me réjouis d’une petite vanlife  pour découvrir encore un peu cette belle Alsace. Impossible de rentrer directement à Leysin sans phase de transition. C’est nécessaire même indispensable pour ne pas sombrer dans les dépressions qui suivent la fin de gros projets. Sur google je cherche un camping de luxe avec piscine, lave-linge et supérette dans la région de Colmar. Quand une notif attire mon attention : Pierre est en panne avec le van qui a câlé à cause de la chaleur ! Mince alors ! A ce moment précis le train s’arrête brusquement. Des chèvres ont décidé de faire barrage à la ponctualité. Quelle synchronicité!

Je vous passe les détails parceque j’ai dit  que j’allais pondre un Hexabref bref. Alors Bref !

Finalement de correspondance ratée en billets invalidés je retrouve Pierre à Fribourg. L’Alsace est maintenant bien trop loin, la vanlife trop incertaine;  les plans doivent changer. Je décide parmi d’autres options de rapatrier le véhicule dans ma région pour lui trouver une clinique tout en poursuivant encore quelques jour ma vie de nomade. On roule tranquille pour éviter la surchauffe.

Ça péclote, on sort à Montreux et on échoue sur le parking de Chillon pour laisser le moteur refroidir.

Mais comment j’aurai pu imaginer ce matin en prenant mon billet de train à Wissembourg que je me jetterai à l’eau deux fois aujourd’hui???

Demain j’amènerai mon minivan chez le doc des voitures mais ce soir, au bord de la Gouille, j’écoute  la pluie tomber  sur le toit.

Je vous jure c’est surréaliste comme fin de journée pour moi qui depuis des jours et des jours lutte dans la forêt épaisse des Vosges pour atteindre Wissembourg.

Etang du Duzillet
appelé aussi Gouille de St-Triphon
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Lundi.08 Wissembourg

Hexatrek en nobo dernier jour

14.7 km/ 322D+ / 350D-

Lempach. Nuit éprouvante.

C’est devenu une routine et la perspective de devoir terminer la dernière étape en taxi pour ne pas me retrouver coincée dans un orage violent ne m’a pas aidé à trouver le sommeil.

Finalement à 8h00 tous riques graves étaient écartés et j’ai pu quitter le studio sans fenêtre qui m’avait accueillie. 

14km de prévu, ciel couvert, température autour de 25. C’est parti.

Il règnait à l’intérieur de moi un silence dont je suis peu coutumière. Pas un silence de vide, ni même un silence de paix ou de sérénité. C’était un silence de respect, un peu comme celui qu’on tient dans une église pour ne pas déranger ceux qui prient.  Ce silence n’était ni choisi ni imposé mais il  a structuré toute ma matinée. Dernier matin, dernières sapinières, dernières clairières, derniers grands arbres magestueux. Puis le sentier a quitté les Vosges et les nuages ont quitté le ciel.

On a beau avoir perdu 10 degrés sur le papier, pour moi le rotissage commence.

Je passe juste à la poste vérifier aus mon coli m’attend, je me rafraichis à une prise d’eau et je grimpe direction la frontière où m’attend no  seulement la boîte aux lettres de l »Hexatrek mais aussi Eva qui m’accueillera chez elle pour cette dernière nuit.

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Dimanche.08 Lembach

Hexatrek en nobo

Hexa-buissonière: Obersteinbach  – Lempach

13,8km 193D+/ 245D-

Lire le panneau

Je me suis réveillée avant cinq heures du matin, pleine d’énergie. J’ai pu me préparer un vrai petit-déjeuner. À 5 h 30, le cœur léger, j’ai quitté ce petit paradis sans oublier de jeter un dernier coup d’œil à la météo. Il faisait déjà 24 degrés.

J’ai pris conscience qu’il ferait encore très chaud aujourd’hui, que j’entamais l’avant-dernier jour et que de violents orages étaient annoncés pour demain. J’ai compris qu’il était probable que je ne puisse pas parcourir la dernière étape jusqu’à Wissembourg. J’ai aussi constaté que mardi, le beau temps serait revenu, avec davantage de fraîcheur… mais que tout serait terminé.

J’ai rangé mon appareil, saisi mes bâtons et me suis élancée gaillardement entre merles et pouillots.

Dix minutes plus tard, je pleurais à chaudes larmes.

Comment est-il possible de perdre le moral en si peu de temps ? J’étais dans un état déplorable.

J’ai traversé un village, puis un deuxième, pris quelques photos, je suis entrée sous une canopée si basse que je devais pencher la tête.

Pour échapper à ce chagrin qui m’envahissait, j’ai d’abord cru qu’il fallait résoudre la suite. Que vais-je faire quand ce sera terminé ? Où vais-je aller ? Par quoi vais-je enchaîner ? Il me reste encore quinze jours devant moi. J’ai pioché dans tout ce que j’avais imaginé pendant ces huit semaines. Continuer en Forêt-Noire, repartir de Nyon pour attaquer les Alpes, faire quelques jours en van… Les idées se succédaient.

Mais rien n’y faisait. Le pas devenait lourd. Le chagrin était omniprésent.

C’est là que j’ai compris que je cherchais au mauvais endroit. Je voulais résoudre l’après pour ne plus ressentir le présent.

Je n’avais pas besoin de décider aujourd’hui ce que je ferais après-demain. J’avais seulement besoin d’accepter mes larmes et de les traverser, de vivre ici et maintenant et non de perdre cette dernière journée projetée dans un avenir flou et informe.

C’est d’ailleurs à ce moment précis que j’ai réalisé que je grimpais dans la mauvaise direction depuis plus d’un kilomètre !

Je suis revenue sur mes pas, repris mon trait de carte et je me suis baignée, ici et maintenant, dans le paysage. Sublime ! Le reste attendra.

Je me suis laissée absorber par ce qui m’entourait : les arbres magnifiques, les fermes isolées, les bocages, les étangs chauds, puants et pleins de moustiques, remués par des sangliers en quête de fraîcheur. Des lieux enchanteurs dont je n’aurais jamais imaginé ni l’existence ni la configuration.

Il suffisait d’être là et d’accepter de les traverser.

Je suis arrivée à Lembach avant 10 heures. Mon petit studio à 45 euros était déjà prêt. J’ai fait quelques courses, puis je me suis mise sous un ventilo.

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Samedi.08 Obersteinbach

Hexatrek en NoBo

8,2km / 429D+ / 395D-

24 degrés au meilleur du petit matin. Et ce sera pareil demain.  J’ai pu faire mes 400m de dénivelés à cette température car une fois le soleil levé, la haute canopée faisait encore très bien son travail d’ombrage et la temperature n’est pas montée avant 8h30. J’ai atteins mon but avant 9h00.

Un nouveau problème vient s’ajouter au tableau : tant qu’une pluie n’aura pas lavé le ciel la qualité de l’air continuera à se dégrader avec l’ozone dans le Bas-Rhin et maintenant je dois sortir le Ventolin plusieurs fois par jour et même la nuit. Vivement la fin de cet épisode caniculaire. Comme tout le monde j’attends ça avec impatience et je crois que cette fin va arriver en même temps que mon trek : lundi si tout va bien.

Si lundi la température baisse comme prévu et que les orages dangereux attendent midi, je devrais être devant la boîte aux lettres de l’Hexatrek lundi matin!

Pour le moment je suis arrivée au paradi ! D’abord le village t’accueille avec une fontaine fraîche et a l’ombre, ensuite tes hôtes të recoivent dès 9h00 dans une cabane semi troglodyte qui apporte du frais sans clim ! C’est plus qu’un rêve pour attendre la dernière fournaise de demain.

Ma vadrouille du jour, puisqu’il faut bien  appeler ce trek vadrouille, m’a apporté son lot de belles surprises. La lumière déjà mais aussi son lot de ruines de château et surtout un sommet de garrigue flanqué de pierres à cupules. J’ai juste frissonné d’y entendre de gros gros renifllements de cochon…

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Vendredi.08 Windstein

Hexatrek en nobo

10,5 km / 353 m D+ / 340 m D-

Une Hexa-buissonnière de plus

Windstein le bâtiment d’en face ce matin

La canicule a encore franchi un cap. Je suis partie à 4 h 40, alors qu’il faisait déjà 22 °C.

La marche est restée agréable à peine une heure. Vers 5 h 30, les montées devenaient déjà difficiles. Heureusement, au lever du soleil, l’inversion thermique a fait naître un léger souffle et m’a rendu le mien ! Au moins pendant la montée.

Cette nouvelle version de mon Hexa-buissonnière m’a permis de rester au plus près de l’itinéraire tout en limitant le dénivelé. Je n’ai pas pour autant pris le chemin le plus court. J’aurais trouvé dommage de passer à côté de ces Vosges du Nord très différentes des Hautes Vosges et même des Vosges centrales. Les différentes forêts se succèdent et ne se ressemblent pas.

J’ai ainsi remonté la vallée du Wolfenthal, marquée par une longue histoire de captage des sources. Des ouvrages de grès parfois très anciens, sont toujours en service. Cette vallée m’a menée au col du même nom.

Boucle de gauche Hexatrek et Hexabuissonnière à droite. Arrivée au petit drapeau

De l’autre côté du col, j’ai croisé des casemates, vestiges de la ligne Maginot. Sur le moment je n’ai pas capté que je traversais une zone fortifiée. La Ligne Maginot! Je me rappelle avoir appris ça à l’école. Avec  Tadée Osowski ! Osowski mon professeur d’histoire et de musique. Je l’ai eu deux années de suite pour le même programme, car j’avais redoublé. La première année, il racontait : « Quand nous avons franchi la ligne Maginot, blablabla » et  l’année suivante, il disait cette fois : « Quand les Allemands ont franchi la ligne Maginot… » Je n’ai pas pu m’empêcher de réagir  « Ah ! Cette année, vous êtes français ? L’année passée, vous étiez allemand ! »  A ma grande surprise toute la classe avait éclaté de rire.

Avec le recul, je regarde ce souvenir autrement et j’aurais beaucoup, mais alors beaucoup, à en dire. À l’époque, je ne comprenais ni ce que pouvait être le destin de ce professeur malingre et mal dans sa peau, ni le mien. Même son nom, Tadée Osowski, était pour nous un prétexte à la moquerie.

À 8 h 30, j’arrivais à l’Hôtel du Windstein. Un bâtiment ancien faisant face à un autre vieux bâtiment, comme deux jumeaux oubliés au fond d’une combe, piégé dans la tièdeur. Sur la devanture j’ai croisé une femme de 71 ans qui se rendait  Genève par le GR5!  J’espère avoir de ses nouvelles.

Coup de chance : la personne qui préparait le petit-déjeuner m’a annoncé que ma chambre était déjà libre, personne ne l’ayant occupée la veille. J’ai donc pu m’y installer dès 9 heures, dormir un peu et profiter des dernières heures où la température restait simplement… supportable.

Vers 14 heures, en revanche, la chaleur est devenue écrasante. Le soleil frappe la façade de l’hôtel et tout le bâtiment emmagasine la chaleur.

Ma stratégie de survie : allongée sur le lit, recouverte d’une serviette passée sous l’eau froide. Une seconde serviette humidifiée est suspendue derrière les volets, dans l’espoir de gagner quelques précieux degrés.

J’en ai profité pour organiser mon prochain hébergement. Demain, je rejoindrai Obersteinbach, où un petit Airbnb m’attend à une dizaine de kilomètres seulement. Mardi passé je comptais attendre dans un hôtel la fin de cette canicule. Avancer de 10km par jour est donc plus que prévu !

Une vadrouille, finalement !

Cette succession d’hôtels, même modestes, fait évidemment exploser mon budget. Tant pis. Je raccourcirai simplement l’Hexatrek 2026. Il est probable que je n’entame pas les Alpes cette année. Je n’en sais rien… À chaque minute suffit sa peine, chaque chose en son temps. Vivons ici et maintenant.

À suivre…

Après un petit passage à vide en début d’après-midi, le moral est revenu. Il ne reste plus qu’à bien manger, bien dormir… et repartir avant le soleil demain matin.

Source du matin
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Jeudi.08 Niederbronn

Hexatrek en nobo

Hexa-buissonière

4,5 km / 200 D+ et D-

25 juin demi-journée off.

Pour une fois, je ne suis pas partie à potron-minet ! J’ai profité du petit-déjeuner du couvent avant de rejoindre Niederbronn.

Je choisis de parcourir 4,5 km et 200 m de D+ à l’ombre de la forêt plutôt qu’une demi-heure sur le bitume en plein cagnard. La forêt nous protège ; on ne la remercie pas assez.

Ces jours-ci, elle suffoque elle aussi. Dans sa lutte pour sa survie, elle libère ses huiles essentielles. L’air en est saturé. Une odeur enivrante, au sens littéral du terme. Les oiseaux se sont tus. Je vois des souris, des écureuils beaucoup moins farouches que d’habitude, en quête d’eau.

J’ai ensuite flâné un moment dans Niederbronn-les-Bains, une petite ville pleine de charme, avant de faire les courses avec l’idée de ne plus avoir à ressortir. Prévoir, choisir, estimer les quantités… un exercice toujours aussi pénible pour moi.

Mes hôtes acceptent de m’accueillir dès midi. Heureuse de quitter la fournaise ! Une belle chambre, presque fraîche, un grand lit blanc, une douche… Plus qu’à manger, dormir et attendre demain.

L’après-midi se poursuit sur le téléphone. J’ai mille choses à y faire : trouver et réserver les prochains hébergements, imaginer des Hexa-buissonnières pour contourner la canicule, repenser les étapes pour les adapter aux températures.

Je vois bien venir la fin, mais elle s’étire encore et encore, élastique comme la résine d’un sapin des Vosges.

Le soir est tombé sans faire tomber la température. À deux heures du matin, le thermomètre affiche encore 26 °C. Et rien ne dit que cette canicule prendra fin avant mon retour.