


Du 17 au 24 juin 2026
J’aurais dû faire le bilan hier, mais j’ai préféré inventer la semaine de huit jours. La canicule est cognitivement peu fiable.
De Schirmeck à Oberbronn, pas un seul jour de pause. Huit jours à refaire mon sac chaque matin, à chercher où dormir chaque soir et à avancer malgré la chaleur.


Cette semaine n’a pas été celle des grands sommets mais celle de l’adaptation.
La chaleur et la tente cassée ont mené le bal. L’absence de tente m’a privée de la souplesse qui permet d’adapter la longueur des étapes mais a allégé mon sac de 4kg.
J’ai donc inventé l’Hexa-buissonnière : une variante personnelle de l’Hexatrek qui consiste à adapter le tracé afin de relier les hébergements disponibles tout en moins de 18 kilomètres pour être rendue avant midi.
Mon attente de plusieurs heures au frais dans un temple au pied des maisons troglodytes
Le Struthof.
Un couple assis devant sa maison à la fraîche, à la tombée du jour.
Une conversation simple avec des Alsaciens dont les parents avaient été allemands puis français au gré de l’Histoire et qui avaient perdu des proches au Struthof.
Le vol des lucioles dans la forêt après mes larmes de découragement.

Hexatrek en nobo
16,5 km / 373 D+ / 446 D-
Hexa-buissonnière :

Pour cette chaude journée de plus, j’ai stratégiquement contourné une bosse de plus en filant le long d’une jolie rivière dans une réserve naturelle. Je n’ai économisé que 3 km et 150 D+.





Comme ça, j’ai pu terminer vers midi. Je n’ai eu trop trop chaud qu’une seule heure et j’ai adoré débarquer dans le joli village d’Oberbronn qui n’était pas au programme de l’Hexatrek. Accueillie par les cigognes ! Si si, comme dans les plus beaux clichés.
Physiquement, la journée a beaucoup ressemblé à celle d’hier. Je suis partie à 5h30 et, jusqu’à 8h, marcher a été un vrai plaisir. Ensuite, le thermomètre a repris petit à petit ses droits et j’ai commencé à chercher l’ombre et à multiplier les arrêts plutôt qu’à admirer le paysage.





Côté ravitaillement, j’étais un peu juste. J’avais peu de nourriture avec moi et à 10h00 j’étais totalement à vide. Même le vieux chocolat noir écrabouillé dans les cacahuètes a subi son sort. J’ai donc accueilli avec soulagement mon arrivée à Oberbronn avant la fermeture de sa boulangerie.
Ce soir, je fête la fin de ma septième semaine de marche dans un lieu pour le moins inattendu : un ancien couvent transformé en hôtel. Je ne peux pas dire qu’il y fasse vraiment frais, mais au moins je suis à l’abri du soleil. Après-midi calme, repos, douche et récupération étaient au programme.




Demain sera une journée un peu particulière.
Je vais la commencer par prolonger mon sommeil jusqu’à 7h00 pour pouvoir profiter du petit déjeuner de l’hôtel puis je vais marcher une toute petite heure pour rejoindre Niederbronn, la ville ravito puis à midi j’irai me mettre à l’abri dans un Airbnb. Une pause bienvenue.
Il ne me reste deux jours de marche jusqu’à Wissembourg, mais vu les circonstances je ne pense pas y être avant dimanche soir.
A suivre…

Hexatrek en nobo
17,2 km 326D+ 364D-

À 4 h 50, je glissais la clé du refuge dans la boîte aux lettres de la mairie de La Petite-Pierre et reprenais gaiement mon chemin. Avec quatre kilos de moins sur le dos et seulement 20 degrés, j’avais l’impression de survoler le sujet.
Pendant les premières heures, je tenais presque 4 km/h, montées et descentes comprises, avalant les kilomètres avec une vitesse et une facilité que je n’avais plus connues depuis longtemps.
Vers 8 heures, la chaleur s’est rappelée à mon bon souvenir et du reprendre un rythme plus coutumier.





Vers 10 heures, l’air à commencé à brûler alors j’ai ressorti les bâtons et adopté, bien malgré moi, mon pas de vieux sénateur en nage.
À 10 h 50, alors que j’approchais du but, Lichtenberg, je me suis écroulée sur un banc pour une sieste vosgienne d’une heure.
Vers 13h00 j’ai finalement atteint le village.
J’avais prévu d’attendre dans le restaurantt mais je m’en suis fait sortir pour cause de fermeture avant 14 h.





J’ai erré dans le village à la recherche d’une ombre fraîche puis, prenant mon courage à deux mains, je suis montée jusqu’au château.
Cette adaptation m’a convaincue d’une chose : les quatre kilos en moins ont changé mes matinées , mais ils ne font toujours pas le poids face à la canicule.









Hexatrek en nobo
7km / 305D+ / 165D-
Comment vous dire…

Hier soir, après avoir marché 2km à la nuit tombante pour profiter de la fraîcheur du soir qui n’est jamais arrivée, j’ai craqué. J’ai pleuré. J’ai décidé d’arrêter. J’ai appelé mon ami Pierre et je lui ai dit :
— Viens me chercher, je n’en peux plus.
On a tout arrangé pour mardi.





J’étais très déçue. Mais il fallait voir la réalité en face : avec la canicule, les tiques, le sac, continuer comme ca était insupportable.
J’ai monté ma tente juste avant la nuit. Puis, au moment de me coucher, j’ai aperçu deux points brillants dans l’obscurité. J’ai frissonné. Qu’est-ce que c’est ?
Les deux lumières ont bougé. Puis deux autres sont apparues. Puis encore d’autres : ce n’étaient pas des yeux mais des lampes ! Des Lucioles, des milliers de lucioles dansaient dans la clairière tout autour de moi. Une féérie!
J’étais tellement émerveillée que j’ai su, à cet instant précis, que je ne pouvais pas m’arrêter. Pas encore. Cette vie est trop belle.

Je fais un voyage à pied. Je peux changer ma façon de le vivre, freiner, m’arrêter, composer. J’ai le temps.
Pourquoi vouloir absolument commencer les Alpes ? On ne peut pas commencer quelque chose avant d’avoir terminé l’ouvrage en cours. Pour moi, marcher c’est construire, demain apportera sa réponse. Je me suis couchée en écoutant un nouvel enregistrement du texte intégral du Petit Prince et j’ai sombré bien avant d’apprivoiser le renard.





Au réveil, le rafistolage de la tente effectué à Saverne n’a pas tenu. Les réparations avaient lâché et que je ne pourrai plus remonter cette tente.
Je l’ai pris comme une réponse pratique à mes questionnements : continue mais sans elle!
Qui dit sans tente dit sans bivouac et qui dit sans bivouac dit sans matelas, sans gros sac de couchage et sans popote.
Quoique, la popote peut encore faire son job suivant quel gîte je trouve.
Je vais avancer plus léger, récupérer loin des tiques, sous un toit et si je trouve un havre de fraîcheur y attendre que la chaleur retombe.
5h00 sac bouclé, direction La Petite-Pierre.



Deux bonnes heures de marche et un spot de vue plus tard, j’arrive à l’office du tourisme de la charmante petite ville. On m’offre une douche et des conseils. J’ai pu me laver, faire une lessive au savon, charger mes appareils et entendre qu’ils avaient un gîte communal et que la mairie faisait office de bureau de poste!
Bingo, direction La Mairie.
Avec un sac allégé je vais pouvoir rallonger mes étapes. Nous verrons demain.
3790 gr dans un gros coli direction Wissembourg, les arceaux à la poubelle, mon sac pèse 4kg de moins ! J’ai renvoyé la toile de tente, le matelas, le sac de couchage, le pantalon de pluie, le bonnet, le bandeau et les gants.
Plus qu’un simple allègement du sac, c’est un changement de stratégie.
Je contourne du coup la canicule, la fatigue et les tiques. J’investis dans la pierre et diminue mon budget « bistrot et loisirs ». Je vise Wissembourg avec davantage de légèreté, aussi bien dans la tête que dans le dos.
Demain matin, je me lèverai tôt pour tenter ces dix-sept kilomètres, si possible avant midi.
À suivre.
Et merci aux lucioles

Je me suis donc réfugiée dans la fraîcheur du temple et, pour passer le temps tout en essayant de faire fonctionner ce qu’il reste de mes neurones après plusieurs jours de canicule, je me suis lancée dans un exercice un peu particulier : faire de mémoire l’inventaire complet de mon sac.
Après plusieurs semaines de marche, on pourrait croire que je transporte une quantité impressionnante de matériel. En réalité, tout ce qui se trouve dans mon sac répond à une fonction précise.
Il y a de quoi dormir : une tente, un matelas, un sac de couchage et un sac à viande.
Il y a de quoi cuisiner : un Jetboil, du gaz, une cuillère, un briquet, un Opinel et quelques sachets de thé.
Il y a de quoi transporter l’eau : une gourde d’un litre, une flasque filtrante d’un litre et une réserve souple de deux litres pour les bivouacs.
Côté vêtements, je n’ai rien de trop. Imaginons qu’il fasse froid (!) et que je porte toute ma tenue : presque tout y est déjà. À cette tenue complète s’ajoutent simplement un pantalon pour le soir et la nuit, un deuxième t-shirt, une paire de chaussettes, deux culottes et un maillot de bain. Gants, bonnet, bandeau. C’est tout.
La tenue complète, c’est : chaussettes, pantalon court, culotte, brassière, t-shirt à manches courtes, t-shirt à manches longues, doudoune et coupe-vent/veste de pluie. Ah oui, j’oubliais : pour la pluie, j’ai aussi un pantalon Gore-Tex assorti à la veste.
Ma dernière lessive en machine remonte à Belfort, il y a maintenant environ quatre semaines. Je crois.
Je marche avec deux t-shirts : un sur moi et un qui sèche sur le sac. Je les alterne à chaque arrêt. Je les rince à l’eau quand j’en ai, et au savon le soir en refuge ou en camping si je suis sûre que tout sera sec avant 5 h du matin.
J’emporte aussi une petite pharmacie pour les bobos du marcheur, un kit tire-tique, de la Bétadine ainsi qu’une trousse de réparation pour le matériel. Sans oublier le téléphone, trois câbles et deux petites batteries externes.
Je trimballe également mes WC (sachets poubelles, mouchoirs, lingettes, gel hydroalcoolique) et ma salle de bain (dentifrice, brosse à dents, crème hydratante, huiles essentielles de lavande et de gaulthérie, mini linge de toilette et savon solide).
Dans les pochettes latérales on trouve encore la crème solaire, mon bandana, un filet pour la cueillette et mon ventolin.
Qu’est-ce que j’oublie dans cette liste ? Mes bâtons comme d’hab !
Et puis il y a ce que j’appelle mon sac à plaisir. Dedans se trouvent mon carnet de dessin, mes mini-crayons de couleur, un stylo, mon porte-monnaie et mes papiers. Si je suis honnête, c’est probablement la seule catégorie de matériel qui ne sert ni à marcher, ni à manger, ni à dormir. Mais c’est aussi celle dont j’aurais le plus de peine à me séparer.
En faisant cet inventaire, je réalise que mon confort tient finalement dans très peu de choses. Après plusieurs semaines sur les chemins, les objets compliqués ont disparu. Ne restent que ceux qui sont réellement utiles, et quelques-uns qui nourrissent autre chose que le corps.

Hexatrek en nobo
15km / 324D+ / 360D-

Aujourd’hui, je découvre une drôle de sensation. Il n’est passé 16 heures et je suis assise dans le temple d’un village dont je ne connaissais même pas le nom ce matin. Dehors, la canicule écrase les rues. Dedans, il fait frais, c’est presque hors du temps.
En arrivant vers 13h00 à Graufthal je cherchais le frais, le retaurant est fermé, et on m’a proposé de me poser dans le temple protestant. Je m’y suis endormie, assise sur une chaise appuyée sur mon sac.
J’ai ensuite cherché de l’eau pour mon bivouac et j’en ai profité pour visiter les maisons troglodytes. J’ai découvert l’Histoire riche de ce lieu et de son Abbaye aujourd’hui disparue et j’ai appris qu’on embauchait ici des enfants pour fabriquer des allumettes. Travail hautement toxique. C’était passionnant mais j’ai tellement sué que je suis retournée dans le temple.
J’ai envie de marcher. Ce reflex du trek qui te pousse à vouloir aller plus loin. Mais chaque fois que je franchis la porte, la chaleur me rappelle immédiatement à la raison, avancer n’est pas toujours la meilleure décision.





Je ne sais toujours pas où je dormirai ce soir. Ni si l’orage prévu avant 19h00 aura bien lieu. Je n’ai pas de bus pour rentrer chez quelqu’un « au cas où ». Je suis simplement là, avec mon sac, mes bâtons, mes quatre litres d’eau et la confiance que quelque chose finira bien par se dessiner.
J’accepte de rester immobile dans un endroit inconnu, de laisser passer les heures et d’attendre que le chemin redevienne accueillant.





