Etape 6 : Chardonne – Forel 13 avril ! Pas 14… ^^
Naissance des vadrouilles pour tous.

Un jour alors que le temps était au beau fixe, mon Pote Akim et moi avions décidé d’aller faire une rando tous les dimanches et par tous les temps. Et Jean Rosset, notre soleil vaudois était là la plupart du temps.

Et puis un sale jour, vint la pluie et je me rendis au départ comme prévu. Saarnen je crois, pour faire les bords de la Sarine. Hoille DeDjou c’te roille… et bien sûr disparût mon Pote Akim.

J’étais très en colère contre mon ami, non pas parce que je me retrouvais à vadrouiller en solo sous la flotte, mais parce que je n’avais pas entrevu une seule seconde que cela puisse arriver un jour. Je déteste les imprévus, je déteste qu’on me fasse faux bond, je déteste avoir prévu de vivre quelque chose et en vivre une autre! A moins d’avoir pu anticiper chaque cas de figure (je peux en explorer plusieurs dizaines par action) et ainsi me préparer à affronter un imprévu (Si si on peut) je suis incapable de gérer l’émotion créée par une situation non envisagée.

La colère m’infiltrait et m’inondait comme l’eau à la cave ! Et me submergeait. La journée était plus que perdue. Pire, ma semaine entière, puis les semaines suivantes s’en étaient trouvées affectées, dégradées. Un peu comme ce que je viens de vivre parce que quelqu’un est entré chez moi sans prévenir mercredi passé. Bref.

Plus jamais ça! Akim ne me ferait plus jamais ça !

Je connais et apprécie souvent le besoin exacerbé d’indépendance de mon Superkikim et surtout son goût pour les décisions de dernière minute. Mes besoins de régularité et d’anticipation ne sont pas les siens. J’envisageais de renoncer totalement et avec beaucoup de chagrin à nos balades du dimanche lorsqu’en cherchant bien j’ai trouver que nous pouvions concilier les choses, coordonner nos besoins. Lui son indépendance et moi la régularité coûte que coûte.

Etape 6 Chardonne – Forel en images

Je mettrai en ligne de manière non personnelle, publique donc, mes destinations! A lui de me rejoindre ou pas. Cette solution impliquait qu’un jour peut être une autre personne serait au rendez-vous. Un peu inquiétant mais dans le fonds pourquoi pas ?

Ma seule demande était de ne jamais m’informer de ses intentions ni pendant la semaine, ni même la veille. Ainsi je pourrai me focaliser sur la surprise des retrouvailles et des rencontre et me retrouver à l’aise avec tout ce qui pourrait se présenter entrant dans cette case : journée surprise en vadrouille.

C’est ainsi que deux ans plus tard, alors même qu’avec ma Ronde Vaudoise je m’apprêtais à quitter Chardonne au-dessus du Lac Léman pour Forel-Lavaux dans l’arrière de la Riviera, je retrouvais mes nouveaux amis Marc et Claude, que je découvrais Serge, envoyé par sa femme qui ne pouvait me rejoindre ce jour-là et bien sûr mon merveilleux ami Akim.

Un like (ou dislike) ou un commentaire ci-dessous me fera le plus grand des plaisirs et restera toujours à ma portée, ce qui n’est pas forcément le cas sur FB. ^^ Bonne journée

12 avril 2014
Etape 5 : Vevey – Chardonne

Je vais vous conter ici l’étape du 12 avril 2014, pourtant nous sommes déjà le 14 en cette année de pandémie. Alors que j’avais pour objectif de vous conter jour par jour et jour pour jour tous les jours je ne suis déjà plus à jour!

C’est que, ma fois, bien que je n’eus pas imaginé un instant que ce fût possible mon 12 avril-covid a été bien plus passionnant que celui de la ma Première Ronde Vaudoise : J’ai reçu 4 poulettes à la maison !

Je les ai installée dans le bûcher, vidé et transformé en poulailler et hier je n’ai pas cessé de les observer préférant m’ébaubir devant Pétronille et Sidonie, Pénélope et Allumette que de me rendre nostalgique dans mes beaux souvenirs.

A Vevey dans le Gesthouse, je me suis levée assez anxieuse à cause de cette mauvaise nuit passée à me faire déranger par les inconnus du dortoir. J’avais donc l’humeur d’un petit juge peu amène et je portais sur mes jeunes « bourreaux » un avis sans complaisance notamment en scrutant leurs bagages étalés partout. Pourquoi voyager et trimbaler autant de trucs débiles et inutiles dans leur valise, leur sac ou dans leur armoire de fortune. Des fers à friser, du maquillage, des jupes de soie… Je ressentais une forme de supériorité et alors que je me délectais d’être mieux que tout le monde j’ai fini par me faire honte.

En guise de punition et pendant qu’ils s’en étaient tous allé prendre leur petit déj’ j’ai refait un tri de mes propres affaires.

Je me rappelle avoir Petit Pouceté mon bâton de marche, aussi mal aisé à manipuler avec les poignées du sac à roulette que le parapluie semé la veille. J’ai aussi largué le troisième exemplaire de tout. C’est-à-dire un t’shirt, une paire de chaussettes, une culotte et un soutien-gorge. La règle étant : un sur soi un qui sèche, le troisième exemplaire faisant office de charge inutile dans le sac qu’il soit propre ou sale.

Mes provisions rendues au plus bas par le délestage de toutes les boîtes et réserves de riz et de pâtes, celles-ci méritant un réchaud ou une casserole, je projette de faire des courses en ville. C’est d’ailleurs prévu dans mon planning hyperrrrrrrigide : j’ai prévu du temps ce matin pour aller dans un supermarché.

Pourtant une petite réflexion m’amène à penser que je ferai mieux de me ravitailler en haut de la côte plutôt qu’au bord du lac. Tremblante (je déteste le téléphone) j’appelle mes hôtes de Chardonne pour m’enquérir des possibilités existantes de me nourrir au village. Ils m’informent en détails sur la petite épicerie et sur le restaurant. Non seulement il me faut un repas pour ce soir (je n’ai pas pris pension complète car je ne veux pas manger à une table avec des inconnus, fussent-ils les maîtres-queue d’une excellente table d’hôte renommée) mais aussi le pique-nique de demain. Un demain qui chante puisque ce sera vadrouille pour tous, que j’ai mis en ligne sur mon site un rendez-vous à la station du funiculaire et que je me demande bien qui sera là au rendez-vous de cette première vadrouille de périple.

La vue est superbe à monter dans les vignes.

Je prends beaucoup de photos car je peine plus que je ne veux bien l’admettre. La montée balisée 90 minutes me prend plus de 3 heures. C’est aussi que je ne suis pas pressée d’arriver étant donné que je ne sais absolument pas comment je dois me comporter dans un B&B. L’hôtel c’est déjà assez compliqué mais je sais que je suis cliente et que même si je ne me comporte pas exactement comme il se doit on ne me dira rien.

Quand je dois aller en visite, chose tellement rare mais déjà faite, en principe je connais ces personnes et j’ai pu trouver toutes les informations sur ce qu’ils estiment être une attitude correcte. La règle est donc de se plier à tout ce qui est possible, les normes qui prévalent sont celles de celui qui te reçoit. Donc tu bois du vin si on t’en offre (je déteste le vin) tu bois du café si la personne te le propose (je déteste le café) et tu finis ton assiette mêmes’il y a trop. Ensuite tu donnes un coup de main pour la vaisselle et tu évites de faire ta petite lessive au lavabo pour ne pas gicler partout. Tu fais tout pour laisser le moins de présence possible.

Mais une chambre d’hôtes ? Tu paies mais tu es chez des gens. C’est compliqué de savoir, surtout la première fois. C’est quoi la bonne attitude ? Le juste milieu ? Que dit le bon sens dont personne n’est capable de m’expliquer comment on l’acquiert ? Je suis bien contente de n’avoir réservé que la nuit et le petit déjeuné! J’irai m’enfermer dans cette chambre sitôt arrivée et ne descendrai plus jusqu’au matin. Je me dis même que je n’aurais pas du réserver avec le petit déjeuné et que ainsi j’aurai pu partir nuitamment en prétextant une trop longue étape. C’est comme ça.

Comme j’arrive à Chardonne, je cherche l’épicerie pour faire mes courses.

Bon ben, mes hôtes ont oublié que c’était jour de fermeture à Chardonne et ils ont oublié aussi que le restaurant n’ouvrait que l’été. Et ce n’était pas un calcul pour que je mange à leur table bien sûr mais ils m’ont invité à leur table évidemment. J’ai bu leur vin, accepté le café et j’ai vu se succéder un nombre incalculable de plats, des asperges au fromage. Tout très bon mais chaque bouchée avalée avec compliments et sourires m’a écrasé de stress.

Et le matin comme en quittant un hôtel j’ai payé la note, un peu salée pour mon budget mais très correcte pour ce qui m’a été « offert » et comme des amis ils ont pris des photos de cette Madelon dont ils se sont bien rendu compte qu’elle n’avait jamais mis le nez en dehors de chez elle.

Quand je vous dis que je reviens de loin ! ^^

En mettant un commentaire ci-dessous j’en aurais le souvenir pour toujours :). Plus pour nous, moins pour FB. ^^

Etape 4 : Montreux – Vevey

Franchement là on ne devrait même pas parler d’étape mais juste de déplacement de matériel.

Je décide de faire un petit détour par les Gorges du Chaudron qui s’étirent au-dessus de Montreux histoire de ne pas finir complètement cuite sur les quais. Il fait déjà terriblement chaud pour un mois de mars.

Dans les gorges, là où le chemin offre de bifurquer soit à gauche soit à droite pour rejoindre les Alpes soit encore de retrouver le lac, je reste en sidération devant les balises ! Tous ces noms me parlent, j’hésite à comprendre. Suis-je déjà venue ? Ces destinations résonnent-ils des excusions de l’enfance ? Je fouille ma mémoire, tout cela est bien moins enfouis, bien moins profond : … Mais bien sûr ! ce sont les noms des lieux de mes dernières semaines de marche programmées pour cette Première Ronde Vaudoise! Celles que j’ai programmées fin mai (à gauche) et début juin ( à droite).

Vraiment je ne capte pas bien. J’ai pourtant potassé mes cartes, dessiné chaque étape, j’ai étudié cette boucle de fond en comble, mais là je ne comprends toujours pas. Comment se peut-il que je sois si prêt du but avant même d’avoir vraiment commencé ?

Une boucle Madelon ! Tu fais une boucle ! Quand on te dit que c’est le chemin qui compte ! C’est le chemin qui compte! Il n’y a pas à tortiller, les dictons ont du vrai. On entend ça toujours dans toutes les bouches de tous les pèlerins. Faudra que j’en parle à tous ces gens qui veulent absolument aller à Compostelle pour comprendre que le but c’est le chemin. Est-il vraiment nécessaire d’aller jusqu’à Compostelle pour comprendre ça alors qu’il suffit de passer dans le Chaudron ?

Plus je regarde les balises et moins je comprends, il n’y a rien à faire… je ne vois pas le rapport qu’il peut y avoir entre Montreux, la Riviera et le Pays d’en Haut. Quant au Col des Mosses, c’est juste ailleurs dans ma tête. Je vous mets juste un lien sur la carte du périple pour ceux qui voudraient comprendre.

Plusieurs fois je me suis demandé quel était la vraie raison de cette engouement à tout faire à pied, la vérité n’a absolument rien à voir avec un défi sportif et encore moins à voir avec une démarche philosophique, deux raisons fort agréables à manipuler en société. La vérité est bien plus pragmatique : j’avais grand besoin d’un bon cours de géographie.

Parce que vraiment vraiment à ce moment là je ne vois pas comment ces deux mondes peuvent bien se rejoindre.

Au bord du lac une dame m’interpelle, c’est l’effet Carrix qui suscite toujours beaucoup d’interrogations, avec cette question, qui a ce moment là commence quand même à m’agacer un peu, mais pas trop : « vous allez à Compostelle? ». On taille une bavette et comme elle a trop chaud et que nous manquons d’ombre, je dégaine mon parapluie. A la fin de notre échange, je le lui abandonne, et ça, c’est l’effet Petit Poucet de mon barda. Encore un truc que je n’ai plus besoin de porter! De toutes façons, comment tenir simultanément les poignées du sac à roulette et un parapluie ?

J’arrive enfin à Vevey et je campe Nane sur le lit du Guesthouse sur la Place du Marché. Le seul hébergement de mon tour que j’ai détesté. J’ai eu un lit dans un dortoir plein de monde équipé pour vivre ici des semaines mais qui, insouciants comme des étudiants donnent l’impression être en colonie de vacances. Ils ne donnaient même pas l’impression de se connaître. Je n’ai jamais pu identifier cette clientèle. Ce que j’ai appris par contre à grands coups de pieds contre mon sommier, c’est que je ronfle ! J’ai fini par ne plus oser fermer l’oeil.

Je tremble d’avance pour l’étape 5 car je dois faire des courses et monter à Chardonne. Eh quand même hein : 3km et 300m de dénivelé… sans dec. J’ai peur de cette étape…. A cause des courses à faire !

Merci de me suivre 🙂 Vous pouvez liker, commenter, partager …

Etape 3 Villeneuve – Montreux

10 avril 2014. Je me lève tard, je traine. Je me demande si j’ai bien fait de me défaire de toutes ces choses. Je les ai déposées à la réception et je suis contente de ne plus pouvoir changer d’avis. J’ai le temps et je le prends pour regarder autour de moi.

Je constate que le cycliste a déjà déguerpi, que le camping sent l’été et les vacances balnéaires.

Puis une femme passe, elle n’a pas de chlapettes aux pieds mais des bottes en plastoc, elle revient des sanitaires, elle n’a pas une petite cuvette avec trois tasses mais tire un petit chariot plein de vaisselle, elle n’a pas l’air hirsute du fêtard qui se lève tard mais l’air abattu d’une femme qui n’en peut plus. Je la suis du regard jusqu’à sa tente. Devant jouent trois enfants en survette sale. Ils ne jouent pas vraiment, ils se chamaillent. La femme fatiguée laisse faire, vide sa charrette par plusieurs allées et venues. Je suis saisie et profondément triste je reste perplexe. Cette femme vit ici sans doute depuis des semaines. Il y a des réalités que j’ai peine à comprendre. Je détourne le regard. Plus tard je la vois passer encore avec sa charrette, cette fois-ci, elle se rend aux sanitaires, sa charrette pleine de linge sale, elle manque la collision avec un homme distrait, en chlapettes, torse nu et lunettes de soleil sur le front. Il porte une serviette autour du coup et une trousse de toilette noire à la main. Il y a des réalités qui se croisent sans jamais se voir vraiment. Je ne sais pas si je peux faire quelque chose pour cette femme, mais je ne fais rien.

Aujourd’hui m’attend une étape de malade : 6km ! Faute à mon départ anticipé j’ai coupé en deux l’étape déjà pas très longue qui devait me mener de Villeneuve à Vevey. J’ai ajouté une nuit à l’Auberge de Jeunesse de Montreux. De quoi faire une nouvelle expérience.

J’ai le souvenir de m’être un peu ennuyée pendant cette journée mais pas trop. Il y avait tellement peu à marcher mais tant à s’enivrer. Mon appareil sature un peu les bleus, mais pas tant qu’on pourrait croire. Cette lumière de printemps déjà si belle la veille dans les champs fait merveille sur le lac.

Dans l’après-midi je me suis installée dans une chambre individuelle de cette Auberge et j’ai fait une sieste toute courbaturée des 20 km de la veille. Après le repas du soir dont j’ai totalement oublié le contenu j’ai décidé de sortir au bord de l’eau.

C’est la première fois depuis 10 ou 15 ans que je sors de mon petit confinement personnel au-delà de 18:00 sans motif impératif ! Et je découvre en vrai quelque chose dont je ne possédais que des images ou de vagues souvenirs d’enfance : un coucher de soleil sur le Léman.

Faites … « continuer la lecture » puis aller tout en bas de la page pour commenter. Mon blog sur ma Première Ronde Vaudoise 2014 et mes photos vous on apporté un peu d’air et de plaisir? Vous pouvez liker ou partager voire même disliker.

Etape 2 Aigle – Villeneuve

9 avril 2014
Je réalise en démontant pour la première fois mon campement que tout cela me prend bien trop de temps. Deux heures trente ! Et c’est sans compter le petit déjeuner ! Dont je vais être obligé de faire l’impasse mon ami Rolf, dont la forêt m’a parlé hier a décidé de me rejoindre pour son mercredi de congé.

C’est que, jouer à Tetris en remontant mon barda et tout caser dans le Carrix sans bosse, sans trou et en équilibre tiens déjà du défi dans son salon mais là l’exercice devient chronophage et franchement ridicule.

Il a déjà fallu 5 bonnes minutes pour que, ankylosée par le froid, je puisse m’extraire comme un gros pachyderme de mon palace pliant.. Il me semblait que cette nuit, pour rejoindre les sanitaires j’avais eu moins de peine. J’ai toutes sortes d’expressions qui me viennent à l’esprit comme « on n’est pas sortie de l’auberge », ou « ça va être une autre paire de manches »

En bonne tête de pioche je retrousse mes manches et me mets au démontage et au pliage de mon auberge et je porte une attention particulière à chaque objet non plus à me demander une fois encore si j’en aurai l’utilité un jour mais juste pour les mémoriser. Un peu comme un jeu de Kim.

Je suis quand même interpellée par un tout petit sous plat pliable prévu pour poser mon assiette. Mais je ne change rien et me dépêche J’ai rendez-vous avec Rolf !

Ce qui me reste de cette journée c’est sa lumière ! C’est le premier jour des petites feuilles vertes, les troncs sombres rayonnent derrière le tendre qui naît.

On longe la Grande Eau pour rejoindre les bords du Rhône que l’on longe jusqu’au Vieux Port. Le Léman m’ouvre son coeur.

Et quand je dis que c’est mon premier printemps, c’est à peine une métaphore. Jamais de ma vie jamais je n’ai fait une si longue journée en plein air au printemps. Jamais je n’avais vu tant de vie exploser !
Je suis à la fois émerveillée et rassurée par la puissance de la vie, par ma capacité à la recevoir et même par ce puissant echo fait par le partage de ces émotions loin du verbe. Je sais juste que Rolf partage ce même émerveillement.

Chers, hissons la vie qu’elle vaille bonne heure !

Arrivée à Villeneuve, j’ai remis à Rolf, qui me quitte devant les Flots Bleus, mon grand parasol sachant qu’il ne servira jamais ni sous la pluie ni sous le soleil. Et je me sens soudain plus légère.

Le placeur coince ma tente entre deux caravanes en face d’une autre tente encore plus minuscule que la mienne, celle d’un cycliste dont le barda questionne le mien.

Mais aussi plus ma récitation était longue et plus mon attention quittait la beauté du printemps pour me poser des questions qui n’avaient pas lieu d’être au moment même où je me les posais.

Mon jeu de Kim fonctionne très bien, en tâche de fond je me la suis récité dans et plus je me rappelais d’éléments, plus ma liste était longue et plus je me sens rassurée. C’est le bon point des gros bardas.

C’est ainsi que le soir venu, j’ai repris mes boîtes, mes filets et mes trésors et j’ai trié en tentant de répondre à la question suivante : est-ce que mon aventure serait remise en question si je perdais cet objet ou devrais-je le racheter ? J’ai ainsi mis de côté le sympathique petit sous plat mais aussi le réchaud et ses bonbonnes de rechange, la cantine isolante, sorte de thermos à nourriture, le livre papier, la seconde lampe de poche (j’ai gardé la frontale), le linge de plage conservant un petit linge pour la toilette. J’ai aussi viré la bâche qui si glisse sous la tente et toutes sortes de petits trucs dont j’ai oublié jusqu’à l’existence puis je me suis installée pour ma seconde nuit.

Et, roulement de tambour pour la première fois de ma vie, je suis entrée seule dans un restaurant, le soir. J’ai commandé un rizoto aux asperges et encore une autre première de tous les temps : 1dl de blanc !

Avant de m’endormir assez fière de moi, j’ai regardé les objets que j’avais exclus de mes affaires. J’ai fait un message à ma fille Natacha qu’elle pourrait passer dans la semaine ramasser un sac que je laisserai à la réception des Flots Bleus. Mais juste avant j’ai « volé » dans ce tas quelques trucs appelés « oui mais bon mais c’est pas lourd »…

Il y a encore du chemin pour apprendre à s’alléger.

Tu peux partager, commenter en ouvrant le lien « continuer la lecture » et descendre tout en bas de l’écran, liker, disliker… j’espère que cette lecture vous change un peu les idées. Demain on va à Montreux.

Ce matin 8 avril 2020 je dois partir pour un périple qui me semble absolument insurmontable : aller à la capitale rendre la voiture de mon amie Armelle, me faire rapatrier par mon aînée qui sortira alors de son travail. Une organisation au cordeau qui doit nous permettre de faire des courses chez un grossiste de la Côte puis passer au Landi acheter ce qui manque encore pour les poules.

C’est vraiment généreux de mettre une voiture à ma disposition pendant cette période de confinement mais contre toutes attentes la présence de cette voiture sous mes fenêtres génère plus de stress que de solutions, incapable que je suis d’élaborer des stratégies et des routines provisoires, mon cerveau ne fonctionnant correctement que lorsqu’il cherche une solution pérenne.

Je crois que le temps et moi, le temps qui passe surtout, serons toujours un peu fâchés. Les matins de congé je me réveille avant l’aube me forçant à rester allongée au moins jusqu’à 06:00 du matin alors que mon réveil oublie de sonner les jours comme aujourd’hui, ceux au programme chargés. Alors que je voulais prendre le temps avant de partir de vous conter par le menu mon premier jour de périple il va falloir que je remette ça à ce soir, voire à demain matin.

Sûre! Ce n’est pas cela qui est arrivé en ce 8 avril de 2014. Je me suis levée dans les temps, il pleuvait mais ils annonçaient une embellie avant midi et pour plusieurs jours. Le « temps qu’il fait » il allait être tout à fait clément avec moi et c’est donc « le temps qui passe » qui m’a une fois de plus décidé de me jouer un tour à sa façon.

Je me suis levée comme prévu, je me suis équipée comme prévu, j’ai fermé la porte de ma maison comme prévu aussi et fière comme un pou, j’ai pris la route, ou plutôt le chemin, exactement comme prévu. Direction Aigle !

La porte est fermée et la roue qui tourne quitte le tarmac de mon aéroport maison

Laly et sa maman traverse le village avec moi et avant de me glisser entre les vignes je sers fort fort ma petite fille contre moi. Elle me tend sa peluche qui s’appelle Nane et me demande de l’emporter avec moi.

Bye bye !

A moi le monde solitaire et profond de l’aventurière… je grimpe bien, je ne fais pas cas des petits déséquilibres de mon Carrix, le sac à roulette est un bon moyen de transport mais il demande à ce que la charge soit impeccablement répartie pour rouler sans gêne, je prends ma première photo que je dédie à ma petite fille et accroche Nane au Carrix.

Sur ma poitrine j’ai une petite sacoche avec notamment le carnet contenant le programme, les étapes, les numéros de téléphone. Je profite de cette pause photo pour me rassurer et regarder mon planning. je suis obsédée par mes lieux d’hébergement, je n’ai jamais dormi ou presque jamais dormi ailleurs que chez moi et je me demande toujours comment cela va se passer. J’ai donc minutieusement prévu toutes les étapes, jour par jour, date par date. Je pense que je le connais par coeur mais se rassurer encore et encore ne peut pas faire de mal.

Alors en ce 8 avril 2014, j’insiste comme auteur de ce texte sur cette date pour bien comprendre la suite, ce 8 avril donc au-dessus de Bex, au départ de deux mois de périple et de plus de 500km, sous une petite pluie qui devrait cesser tout soudain je consulte mon petit carnet de route et à la première ligne il est écrit :

9.04.14/ Aigle / Camping de la piscine

Vent de panique ! On m’attend à la première étape demain !
Houlà houlà là… exclu que j’assume un faux départ. Je ne suis qu’à 15 minutes de chez moi mais je n’y suis déjà plus du tout. Rentrer serait renoncer. Il n’est pas question de renoncer.

Qu’à cela ne tienne, je modifie mon programme :
1. Téléphoner au camping d’Aigle, étape 1
2. Téléphoner au camping de Villeneuve étape 2
3. Téléphoner à l’auberge de jeunesse de Montreux et inventer une étape supplémentaire.
4. Me rendre normalement à Vevey pour l’étape 3 qui devient 4.

Je suis impressionnée moi-même de cet esprit d’initiative qui ne me caractérise pas d’ordinaire et je reprends ma route rassurée car tout le monde a pu répondre favorablement à mes changements.

Le pas est moins léger, le Carrix est en fait complétement chaotique et mal chargé, j’en perds ma gourde qui était accrochée sur le côté, mais j’avance sans l’ombre d’un doute sur le fait que j’irai au bout de cette aventure quoi qu’il arrive.

Et puis le premier rayon est arrivé. Juste un peu avant Antagnes. Je me rappelle exactement la sensation qui m’a poussé à saisir cette image. Une chape de plomb qui s’évapore, comme si le soleil du sous bois entrait dans ma vie pour la première fois et cette sensation que jamais rien ne sera plus pareil.

Dans les bois juste avant Antagnes

Ce soleil, ce sous-bois, cet instant me connecte à moi ce qui pourrait ne pas être une surprise mais me connecte aussi immédiatement à un ami, sans que j’ai pu voir venir les choses. Cet ami c’est Rolf un amoureux des arbres et j’ai cette sensation intime que ce sont les arbres qui me parlent de lui alors même que je le connais si peu.

C’est fugace hein. Parce que sortir comme ça son appareil photo de la sacoche à la taille (qui coince un peu) batailler avec la technique pour la mettre la photo en ligne, faire attention à la pluie qui s’égoutte encore des branches tout en gardant le Carrix mal chargé en bon équilibre c’est plus du sport que de la rêverie ou de la philosophie.

Une fois à Ollon je me décourage devant la grande cote à faire au-dessus des vignes pour passer sur Verschiez et je décide de passer par la plaine, faire un peu de bord de route avant de rejoindre Aigle et son camping.

St-Triphon

J’ai hâte d’arriver au terme de cette première journée. Je n’ai pas encore conscience que deux histoires se déroulent simultanément. Celle de la très grande matérialité des choses et celles des pensées volatiles. Celle du Carrix qui penche et celle de mes émotions enfouies. Celle des aléas du chemin et celle des métaphores avec la vie.

J’ai conscience qu’il existe deux histoires mais je ne sais pas encore qu’elles sont inséparables l’une de l’autre et qu’elles vont se nourrir l’une l’autre, se supporter l’une l’autre et que l’une et l’autre vont me révéler.

Le neuf et l’ancien, le vivant et le mort, l’hier et l’aujourd’hui sont fait pour se succéder et se côtoyer. Et c’est ce que m’apprendra ce pommier que je posterai aussi en marchant.

Hier et aujourd’hui

Et puis il y a eu l’arrivée à Aigle ! Et la question qui m’a cloué au sol en arrivant à la réception : Bonjour avez-vous une carte d’identité ?
– euh non pourquoi ?
– Vous n’avez pas de carte d’identité ?
– Bah si mais j’ai pas pris !
– Je ne peux pas vous accepter !
– ???!!! ??? glurp aie… ouille …
– Mais d’où venez-vous ?
– De Bex
– Mais vous avez vite fait d’aller la chercher
– Euh… mais je suis à pied
– Bah… j’en sais rien moi… et personne ne peut vous l’amener ?
– Euh oui je peux essayer. Je vais appeler ma fille mais elle ne pourra rien apporter avant demain. Mais j
– Bon allez-y installez-vous on verra ça.

C’est ainsi que j’appris, que pour voyager dans son pays, il fallait une carte d’identité. De ma vie ne n’ai jamais eu à la présenter qu’à la poste pour retirer un paquet ou un mandat postal.

Merci Natacha ma fille chérie, qui sur ma demande ira chercher cette carte dans mon bureau et la déposera au camping des Flots Bleus à Villeneuve où je suis attendue pour le 9 au soir, pour que je puisse continuer à voyager dans mon pays sans plus être ennuyée.

Camping d’Aigle au soir du 8 avril 2014 avec tout un fatra incroyable

Et puis j’ai hâte de finir cette journée. Je n’ai même plus la force de voir si mon petit réchaud fonctionne, je suis plus perturbée par les ratés, les erreurs de planning, les oublis de choses vitales que par le succès d’avoir enfin levé le camps. Je m’en vais au restaurant manger un morceau et angoissée jusqu’à l’os comme à l’ordinaire, comme en ce soir du 8 avril 2020 je m’endors comme une masse, sous stilnox n’osant même plus réfléchir au lendemain.

Mais je sais que chaque matin est tout neuf et qu’il suffit de s’en souvenir.
A demain.

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Je ne sais plus comment m’occuper. Je parle de 2014 à deux jours du départ.

Parce que ces jours j’ai tant de projets que je peine à tout contenir en 24h. Je monte un poulailler et pour trouver les poules, le foin et de quoi les nourrir je multiplie les contacts téléphoniques (c’est pas mon fort). Au jardin le temps des semis est arrivé, tout est sec et je dois arroser ce qui a déjà germé comme les épinards et les radis. J’ai des vidéos conférences à heures régulières pour mes proches et mes amis, Pompon chien veut ses promenades, Pompon chat est très doux à caresser mais il est plus collant qu’une limace poilue et … je veux écrire mon périple 2014.

C’est un peu la quadrature du cercle. Je me laisse happer malgré moi sur ces réseaux sociaux qui deviennent à la fois stimuli et assommoir et comme mes nuits sont mauvaises c’est à dire courtes et peu déconnectées j’ai de plus en plus de mal à me concentrer et à mener une tâche d’une traite ou à toutes les mener jusqu’au bout.

La situation était similaire en 2014, cet éparpillement et cette déconcentration perpétuelles sauf que je ne savais quoi faire de mes longues journées.

Je revois le parcours.
Bex – Aigle – Villeneuve – Montreux -…

Des étapes assez petites car mes pieds me font toujours très mal à partir du 12ème Km et je n’ai aucune expérience sur le fait de marcher plusieurs jours de suite.

J’ai prévu tous mes hébergements jusqu’en juin. A chaque place de campings, chambres d’hôtes, hôtels, dortoirs j’ai envoyé avec ma confirmation de réservation une procédure à suivre en cas de non présentation avant 18:00 ils doivent appeler mon ami Akim ou la Réga ! Rien que ça ! ll est prévu que j’appelle ma fille chaque jour en prenant le chemin et chaque soir une fois ma tente montée.

Alors quand des âmes gentilles me comparent à Sarah Marquis je m’étrangle. De rire et de honte. Moi je pars pour le tour du canton de Vaud. Je me suis inspirée d’un truc existant. Je ne vais pas manger des serpents et j’ai la boule au ventre.

J’ai donné mes adresses d’hébergement à ma famille et à mes amis vadrouilleurs. Ces quelques personnes, tombées sur mon site vadrouilles et qui s’étaient joint à mes entrainements. J’ai pris du papier à lettre, des enveloppes et des timbres et le joli stylo, petit et pratique offert par Gabriela. J’ai promis d’écrire à chacun et s’ils veulent me répondre ils peuvent m’envoyer leur lettre pour mon retour ou chemin faisant.

Je posterai aussi en marchant une photo par-ci par-là. J’ai même prévu de partager mes dimanches avec les vadrouilleurs, histoire de faire plaisir et de ne pas me transformer en animal sauvage.

J’ai installé ma boîte mails sur mon nouveau smartphone mais personnes ne doit me contacter sauf urgence vitale. Et j’insiste sur le mot vital. Ce n’est pas parce que je ne vais pas à Compostelle comme tout le monde que je dois me laisser distraire par la proximité de mon périple. Mais si Laly a besoin de moi, la bonne excuse, je pourrais vite rentrer.

Ce 7 avril tout est archi prêt pourtant je décide de « mieux faire mon sac ». Et pour la dixième fois en 5 jours, je démonte entièrement le chargement et je l’éparpille dans mon salon. Je passe la journée revoir mon matériel, chargeant encore plus la mule de peur de manquer. Comme il pleut je teste mon attirail une fois encore mais dans mon salon. Certains détails me déplaisent encore et encore et je recommence.

Ah cette peur de manquer ! Elle prend beaucoup de place dans ma vie.

Je n’ai plus la liste exhaustive de son contenu mais il pèse lourd et bien qu’il soit à roulette, que la charge soit répartie entre les épaules et les hanches, bien que le gros du poids s’appuie sur la roue il frise les 20kg et tout ne rentre pas dedans.

Le temps de réévaluer la pertinence de chaque objet et de tout remonter me prends toute la journée, de douter encore et de recommencer. J’en oublie de boire et de manger, je n’ai même pas idée de prendre du temps pour me reposer ou celui de préparer mon appartement aux deux mois d’absence annoncés. Tout cela est irréel.

Remplir ce sac c’est comme jouer à Tetris… je ne supporte aucune bosse, aucune aspérité, aucun faux pli. Je mets les objets dans des boîtes qui elles-mêmes sont dans des sacs, des filets, j’ai peur que tout se mélange, que je ne retrouve rien le moment venu, je fais des listes, des étiquettes, ne supporte ni bavure de stylo ni rature, j’use un paquet entier d’étiquettes et finis par tout enlever, je fais des croquis. Je mets beaucoup de soins car je veux que cette expérience soit parfaite. Je m’épuise.

J’ai de quoi recharger mes batteries, des prises, des câbles et une lampe frontale, de quoi cuisiner, un petit réchaud et deux bonbonnes de rechange car je ne sais pas où je pourrais en racheter, du sel, du poivre, de la sauce à salade, j’ai de quoi me laver, me doucher et même une grande serviette très fine pour pouvoir m’allonger dans l’herbe ou sur une plage, j’ai des habits de rechange, t’shirt, pantalon, pull, chaussettes, sous-vêtements.. tout à triple. Il peut pleuvoir et j’ai peur d’être mouillée et d’avoir froid. J’ai des gants, des bonnets, des tours de cou. J’ai de quoi lire (!) et écrire, une tente et un sac de couchage poids plume, des antipluies, des antifroids et des anticons (j’ai même un spray au poivre que j’ai leu a bonne idée de tester … à l’intérieur, de quoi pleurer de rire). J’ai un appareil photo, des cartes papier et une application numérique que je ne sais pas bien utiliser, une carte bancaire. A la ceinture une gourde et divers accessoires totalement indispensables et autour du coup une pochette avec un carnet me rappelant les étapes et les numéros de téléphone indispensable.

J’ai la certitude d’aller au bout… si ce soir je ne change pas d’avis. Alors c’est décidé je pars demain matin !

Et je n’ai même pas fait l’impasse sur le rouleau de papier toilette !

Vous pouvez commenter ci-dessous, ou liker, disliker sans que je ne sache qui le fait. Une réaction quelle qu’elle soit me motive à continuer. ^^

Mon Carrix à Luan qui m’attend

En ce 6 avril 2014, je ronge mon frein. Il fait beau, les oiseaux appellent à l’évasion, mon sac est prêt, tout est bouclé, le parcours est imprimé sur autant de feuilles A4 que nécessaire (un sacré paquet dont j’ai fait parvenir la moité à mon médecin psychiatre que je dois rencontrer à mi-parcours parce que le tout est vraiment trop lourd et trop volumineux). Je suis fin prête je pourrais aller dire au revoir aux amis, à la famille, aux voisins… je pourrais aller en terrasse ou boire un thé sur le balcon mais je reste confinée à la maison.

Cette attente et cette inaction me montent à la tête.

Le jour du départ est programmé pour le 9 avril et tous mes hébergements sont prévus soir après soir jusqu’au 8 juin. Blindé !

Je pourrais parler de cette incapacité à aller me promener autour de chez moi en attendant le 9 avril pour me détendre et penser à autre chose. Je pourrais car, en ces jours de pandémies, alors que la montagne s’offre à moi et que la forêt me tend les bras, quelque chose de similaire colle mes pieds au tarmac de ma Planque. C’est mon effet covidolatéral à moi, cette colle qui s’était bien diluée au point de ne plus me retenir s’est à nouveau infiltrée sous mes semelles. L’angoisse de la sortie de périmètre m’envahit tous les matins et tous les matins je bénis ce confinement forcé.

C’est d’ailleurs cette colle qui m’a poussé à organiser ce périple en 2014. Dépasser cette phobie de sortir de chez moi !

Je dois pourtant reconnaitre qu’on fait toujours bien de sortir, ne serait-ce que quelques pas mais un truc me saisit dans le ventre au moment de franchir le périmètre que je m’impartis. Aujourd’hui mon jardin, hier ma terrasse, avant hier ma chambre.

C’est bien la marche au long cours qui ont rendus mes départs en vadrouille plus supportables et ce sont bien tous ces rendez-vous de vadrouille qui ont petit à petit fait baisser le niveau d’anxiété à franchir mon pas de porte ou périmètre autorisé.

Ne me demandez pas qui autorise ce franchissement, je n’en sais rien et ce n’est pas faute d’avoir cherché pendant des années et des années en thérapie, il n’a ni forme, ni lieu, ni souvenir et afin de combattre cette phobie j’ai cessé de chercher le pourquoi pour m’attacher à trouver le comment.

Comment enfreindre cette loi que personne n’a jamais promulguée celle qui m’interdit de sortir de chez moi, comment faire pour passer outre et sortir de mon périmètre quand même.

A l’époque je m’étais faite violence un jour par semaine, le dimanche et ayant obtenu un certain bien être ma devise est devenue : on fait toujours bien de sortir.

C’est en cherchant à répondre à cette question, « comment pourrais-tu sortir de chez toi sans angoisser deux heures chaque matin et sans rester pétrifiée deux heures chaque soir au retour » (je parlerai des retours une autre fois mais la question n’est toujours par réglée) que j’ai choisi une combine qui allait me permettre de ne partir qu’une fois et de ne rentrer qu’une fois.

Bah vous avez cru que faire un périple était une marque de bravoure ? Eh ben non c’était juste l’échafaudage d’une solution moins couteuse en énergie que d’aller faire des belles randos comme tout le monde.

C’est donc une politique d’évitement comme détestent tous les psy bien formés de Romandie et d’ailleurs, qui a donné naissance à ce projet de faire 550 km à pied sans rentrer chez moi. Cela fait deux ans que je prépare ce tour. Matériel, parcours, questionnement. Pendant 2 ans j’ai décidé tous les soirs d’abandonner ce projet fou et j’ai décidé tous les matins que j’allais quand même le préparer, même si je devais y renoncer.

En avril 2014… Plus que 3 jours et c’est le départ ! je reste confinée dans ma maison, dans mon appartement, dans ma chambre et même dans mon lit en attendant cet improbable départ.

A ce stade je pense que je suis complétement folle, que personne n’a jamais fait une chose pareil et que c’est bien étrange qu’aucun médecin n’ait songé à m’enfermer pour m’en empêcher. Je suis à deux doigts de trouver ça très très louche et je m’attends à voir débarquer des blouses blanches à tous moments. Heureusement que je n’ai jamais dit à personne que j’étais parano.

Vous pouvez réagir ci-dessous. Moins de FB + de libertés.
Bonne journée

Dans 4 jours, le 8 avril je fête le début de ma Première ronde vaudoise qui dura 2 mois en 2014 soit jusqu’au 8 juin.

Je n’avais pas FB et je postais alors quelques photos par jour sur mon blog des vadrouilles.

J’ai mis sous l’entrée « Périples » en menu déroulant les photos de mes divers périples dont cette ronde vaudoise de 2014. Malheureusement techniquement je ne sais pas comment ne pas présenter ces photos à l’envers, soit de l’arrivée au départ…

L’année suivante, j’ai fait un compte FB et j’ai commencé en publiant chaque jour, un an jour pour jour, des photos de ce tour qui m’aura transformée en profondeur, même si je n’avais pas conscience à quel point cette année là tout à changé pour moi.

Avant ma première ronde vaudoise je n’avais jamais vécu et toujours subi, je n’avais aucune autonomie et je passais le clair de mon temps à répondre aux demandes, aux exigences des gens et de la vie, j’étais accablée par mes pathologies, incapables de voir qu’il ne fallait pas grand chose pour avoir du pouvoir sur soi-même.

Il est possible que je raconte ce tour ici jour par jour. C’est un souhait en tous cas.

Cette ronde c’est 500 km, pour moi qui n’en ai jamais fait que 10 à la fois, loin de chez moi, pendant 2 mois, moi qui ne sortais plus de chez moi.

A la vérité ce tour à commencé 2 ans avant, quand la réalité de ma personne m’est apparue comme insupportable. je boitais bas depuis des mois et je pesais plus de 100kg…

Au fil des jours ou dès maintenant si vous avez des questions, cela m’aidera à raconter cette fabuleuse aventure, celle qui fait que je suis qui je suis.

En mars, dernier entrainement avec le sac à roulette et les amis des vadrouilles qui depuis plus d’un an s’entrainent avec Madelon. Direction Lac de Monriouge

Vous pouvez liker ou disliker ci-dessous et même commenter. Je ne donne les coordonnées à personne, il n’y a pas besoin de s’inscrire pour commenter. Voilà… un peu moins de FB et un peu plus de liberté ^^

Tous mes timing sont trop courts.
Tout passe trop vite en ce moment. A peine le réveil sonne que mes yeux doivent contempler le coucher du soleil.

Je dois lutter contre la chronophagie de certains éléments.

On pourrait faire un inventaires des éléments chronophages, il y en a de faciles à lister comme les réseaux sociaux ou les petits jeux en ligne dont nous n’arriverions pas à nous défaire. Parfois, mais ce n’est pas mon cas, l’abus d’alcool, je n’aime pas ça, ou de produits stupéfiants.

Il y en a encore d’autres comme les routines qui n’ont plus de fondement, la destructuration des exigences sociales et donc celle de notre emploi du temps. Il a toutes les intrusions dans notre sphère intime dues à une barrière. Ces intrusions ayant changé de forme nous n’avons peut être pas encore repositionné nos barrières de façon efficace, la désorganisation collective, celle de nos proches ou encore un mauvais équilibre entre toutes ces interactions sociales par écran interposés.

Mais qu’est-ce qui m’empêche de mettre de l’ordre dans tout ça afin de retrouver une dynamique efficace et surtout satisfaisante malgré les restrictions qu’imposent la situation ?

Il y a évidemment la situation globale avec son flot de nouvelles sidérantes, c’est le bon mot, et son cortège de pensées envahissantes et aussi cette impossibilité de gérer les projets avec les ressources et compétences habituelles.

Je ne peux pas lutter contre la gloutonnerie chronophage des Réseaux sociaux et autres parasites chronophage si je me contente d’excuser cet état par la situation.

Je me dois d’aller regarder qu’elle est cette source qui donne vie à tant de peurs d’anxiété en flots continus. Est-ce vraiment et uniquement ce Corona virus ?

Je me rappelle avoir découvert autrefois que mes tocs, mes phobies et mes angoisses existentielles, étaient toujours liées à l’angoisse de la finitude, à la réalité de l’immense désarroi de la condition humaine. Quelque soit le problème j’arrivai à ce constat. Et quand bien même je n’avais jamais eu peur de mourir je réalisais à quel point ce que la vie, liée à la condition humaine peut avoir d’effrayant. Ce vide sidéral de la finitude donne le vertige provoque des nausées et finit par entraver la vie.

Comment alors la vie a-t-elle été possible jusque là ?

Cette condition humaine a été merveilleusement transcendée par l’humain lui-même au fil des siècles, grâce aux Arts notamment, ce mot art qui a donné naissance à aux mots tels que artifices ou artificiels qu’on devrait cesser de décrier.

Ce n’est pas réellement cette effroyable épidémie qui nous ronge mais la prise de conscience de notre réelle condition humaine sur cette planète. Et cette impérative nécessité de créer de nouveaux artifices, de venir art, de trouver un nouvel art de vivre.

Je vais maintenant devoir me questionner sur ce qu’est l’art de vivre… Mais pour le moment, moi qui ai commencé ce texte dans l’idée de le faire court et aussi d’explorer les moyens d’avoir plus de temps disponible dans ma journée la matinée est finie depuis belle lurette et je n’ai pas encore sorti mon chien… pfffff

Mais je sais que si je ne vais pas chercher à la source je ne trouverais pas comment régler mon emploi du temps surchargé ni comment cesser d’être débordée de choses à faire du matin au soir sans qu’au final rien ne soit fait vraiment ou donne satisfaction…

Bon appétit et bonne après-midi