Ce printemps, quand le glas de la sciatique a sonné, quand ma chaussure s’est mise à butter sur les aspérités du chemin, quand cette petite brûlure en bas des reins m’a agacée et que j’ai décidé de poser mon sac, je pensais prendre une semaine ou deux de repos bien mérité.

Mais la fatigue qui avait enflammé mes muscles et mes tendons avait aussi coulé jusque derrière mes os pour s’infiltrer sans retenue jusqu’au creux du pli de l’âme. Une vraie inondation charriant son lot d’anxiété et de stress.

Je ne suis pas restée inactive pendant cette soudaine sédentarité.

J’ai cherché le pyromane qui sommeillait en moi puis je l’ai trépassé à tabac. J’ai fait barrage à des flots d’agressivité à tribord et j’ai lutté contre l’auto-sabordage à bobards. Comme le temps s’écoulait, j’ai eu maille à partir avec le Monde et j’ai dû ravaudé quelques chaussettes, raccommoder certains projets et biner mes plates-bandes.

Voilà, l’incendie est éteint depuis belle lurette et l’eau semble trouver (enfin) le chemin de la décrue. Mais où sont donc mes pompes ?
Parce qu’il va falloir chausser !

… à droite et tout l’Aar du monde à gauche. On ne peut pas plus loin. On a quitté le sentier pour aller au bout, tout au bout.

Je vous écris du bord de l’eau, du Bord-des-Eaux, le bruit des hommes et intense. La nature résiste dans l’espace qu’on veut bien lui laisser Mais son clapotis fait plus de bruit !

Tout au long de ce périple j’ai vu la nature et l’homme se confronter sans cesse. Comme partout ailleurs mais avec une frontalité exacerbée.

Bien sûr la nature ne sort pas gagnante mais elle est là, elle persiste, elle se bat et si tôt qu’on veut bien lui foutre un peu la paix, elle gagne, elle envahit, elle résiste.

Là où je me trouve en ce moment pour vous écrire, au bout du bout, au bout du chemin, au confluent du confluent, avec l’Aar d’un côté, le Rhin de l’autre, il y a une énergie incroyable. Une sorte d évidence à être, une évidence à vivre.

Le pont de fer juste à côté, avec son ballet de véhicules en tous genres et son bruit infernal n’est qu’un petit détail face à la force de ces deux flots incessants d’eaux calmes. Sa puissance est infinie. L’eau va où elle doit, on ne peut l’arrêter et quoi qu’on fasse elle ira. Elle avance, elle avance, elle avance et ne fera pas le chemin dans l’autre sens. Pas plus que nous c’est une évidence. La danse…

Bon! c’est pas tout ça! faut rentrer maintenant allons à la gare mais nous reviendrons pour rentrer par les crêtes du Jura. A pedibus !

Aujourd’hui on marche léger parce que 17kg comme hier, ça va une ou deux fois mais pas tout le temps. J’ai emporté mon appartement tout entier il me semble tellement c’est lourd. 1kg par m2 ,,,,😂

Mais quoi donc ? Déjà la nourriture pour Pompon pour 4-5 jours mais aussi tout ce que je peux avoir qui peut faire baisser la facture alimentation du périple. A moins de se rentrer dans une Coop ou une Migros tout coûte plus cher en chemin. (sans compter que je me méfie des Coop et des Migros que je ne connais pas, car le stress me donne souvent la dépens-vite).

Donc je sèche les fruits du panier bio, emporte des paquets d’amandes et mes barres céréale faites maison. Je me charge aussi d’une boîte d’anchois par jour de vadrouille, de la viande séchée et du chocolat noir. Pour le reste il faudra se débrouiller. Ah oui j’oubliais de signaler les 12 œufs durs, le thermos, la mini casserole et le brûleur… qui ont leur mot à dire dans ces 17 kg !

Avant de partir, j’ai encore vite glissé dans le sac des baskets légères et une robe de sport à tester.

Alors il fallait trouver une petite astuce pour soulager mon dos et mes rotules et pour arriver à profiter pleinement du beau temps annoncé.

Hier vers 15h après 19km plutôt difficiles au vu du poids conjugué à la chaleur, j’ai monté ma tente dans le camping d’Aarburg et déposé tous ce fourbi dedans pour continuer entre 17 et 20 heures avec rien jusqu’à Olten, légère comme un jour sans pain, avant de revenir au camping en bus pour y manger et y passer la nuit.

Ce matin enflage de la robe de sport à 5h30 puis départ pour Olten. Sans oublier la petite laine utile à potronminet sur la robinette, un pique-nique et de l’eau et Hop ! prendre le premier bus pour Olten.

J’ai passé si tôt le chemin des berges… que le silence était quasi parfait malgré la très grande proximité de la ville. Puis tout est devenu plus sauvage.

L’ Aar revitalisée et renaturalisée donne à voir tant de beautés entre Olten et Aarau qu’on en oublierait presque Gösgen et sa très très très vilaine cheminée. Mais elle est là, très vilaine mais très impressionnante aussi. Tout autour la nature se porte à merveille. On lui fiche un peu la paix, c’est sans doute pour ça.

Une fois passé l’enchantement devient presque total. Peu d’imagination est nécessaire pour faire abstraction des signes laissés par les humains ça et là. Mais il en faut quand même un peu.

Passé Aarau, la rivière est à peine moins vivante et encore très agréable. On se pose à l’ombre le temps de laisser passer les trop : trop fatiguées, trop chaud, trop de monde et on poussera jusque vers le soir encore quelques pas en direction de Brugg avant de retrouver le camping et le barda avec le train et le bus.

Et demain… Bah….Demain on verra…

Déjà finir cette belle journée

… c’est même un art simple. Simple et évident. Ne sommes-nous pas conçus, fabriqués et assemblés uniquement pour exceller dans cet exercice ? Mécaniquement je veux dire !

Parce que l’art de marcher, dans la tête c’est une autre histoire. Dès qu’on y rêve un peu, c’est un vrai foutoir ! Un enchevêtrement de démarches à mener hors du train train quotidien. Comme tout ce qui est simple, se mettre en marche est une affaire très complexe. Mentalement je veux dire !

Le chemin le plus caillouteux que doit parcourir le marcheur et celui de sa voie intérieure, il est parfois si mal balisé que l’on peut s’y perdre aussi facilement que dans une forêt balafrée par les forestiers ou pire encore, aussi  certainement que sur un sentier valaisan. Hors station bien entendu !

Bah oui, il faut alléger, décomplexifier, lâcher les proies et les ombres, vider les sacs. On dit que partir est une façon de se dépouiller du superflu, mais comment savoir de quoi se départir avant même d’être dans le flux?

Pour se faciliter la vie, quand on rentre, on fait une liste de ce sac devenu idéal au fil des pas dépassés. Parfois même on conserve et on range soigneusement, soit une trousse de toilette, soit quelques habits devenus fétiches soit encore quelques notes sur les envies de périples nées chemin faisant. On relève ici ou là des idées, collectionne des images ou acquiert le petit ustensile qui a peut être fait défaut la dernière fois.

Mais rien y fait. A chaque fois, il faut recommencer de puis le début. 

Commencer par jouïr de la sédentarité retrouvée, du confort douillet des choses et des gens qu’on aime. A trouver ça normal on finit par oublier qu’on est nomade et à force d’oubli on en tombe malade. On est empêtré, engoncé, fatigué, écoeuré. 

A ce moment précis le périple est déjà entamé. Mais on n’en sait rien. Tout l’être et même le paraître sont vides. Il n’y a plus rien à réchauffer. C’est la partie indicible de l’aventure.

Je trouve fou comme le langage n’a de mots que pour nous parler de ce que l’on sait déjà, comme les livres ne s’écrivent qu’avec des commencements qui nous sont familiers, comme toutes les histoires de marcheurs commencent pas à pas avec des itinéraires et finissent mot à mot toujours avec la même philosophie prétendant que le but n’est rien et que seul le chemin compte !

Si cela était vrai, alors il suffirait de se lever et d’aller.

Mes périples 2018 sont bientôt terminés, ils entrent dans leur dernière ligne droite : mettre un pied devant l’autre !

Le 15 avril je vais retrouver l’Aar de la marche au départ de Nidau sur les bords du Lac de Bienne pour rejoindre, Koblenz, là où cet art en jette, l’air de Rhin 😉

Puis le 8 mai, de là, je pense rallier Dielsdorf dans le canton de Zürich. J’aimerai rentrer avant l’été par les Crêtes du Jura. Aller jusqu’à Genève voir le jet d’eau (je n’ai jamais vu le jet d’eau!) puis s’il est possible de rêver encore un peu j’irai jusque chez moi dans la Plaine du Rhône (en passant par la France?)

Je n’oublie pas les marcheurs des vadrouilles qui pourront me rejoindre en chemin, ni même Laly et les randonneurs du dimanche avec deux dates prises sur mes retours sédentaires:

En juin, ou en septembre j’aimerai retourner voir le coucher de soleil au Napf…

Pour me rejoindre en chemin, contactez-moi. Je sais à peu près où je serai et à quelles dates … mais à peu près. Un petit échange de mail vaut mieux que mille agendas mal tenus 😉 

Deux façons de faire : vous avez une étape qui vous tape dans l’oeil et je vous avertis quand j’y serai ou vous avez des dates à disposition et je vous tiens au courant de mon avancée.

Toujours est-il que j’essaie quand même de tenir cette chose à jour : Le calendrier

Et si tu as lu tout ça, tout ça ! Il est temps de vider les placcards et de faire ton sac 😛 

En route !

Faire des photos c’est comme se saisir d’un instant. C’est vouloir figer le temps qu’il fait pour ne pas laisser fuir celui qui passe. Nos deux ombres, de l’arbre et de moi, s’étendent au-delà de nos attentes. Elles s’étirent (à notre insu peut être?)  pour rattraper ceux qui s’échappent : les fameux ici et maintenant.

Ici et maintenant !

Ils se cassent dès qu’on les nomme ces deux. Pire dès qu’on y pense, vivre le moment présent devient une musique d’avenir.

Flûte je voulais juste vous parler de mon programme ! Et le temps file.

Voilà : Le refuge d’Anzeindaz n’ouvrira pas comme prévu à l’Ascension mais le week-end suivant. Je peux donc prolonger mon périple jusqu’au début juin et prévoir quelques petites escapades supplémentaires. Youhouhou… 

Ah oui, très important si vous voulez vivre des ici et des maintenant : bien penser aux lendemains qui chantent et toujours repenser aux hier qui ont gazouillés.

Parce que ça rend heureux trois fois! Quand tu le rêves, quand tu le vis et quand tu t’en souviens!

Allez dormez bien. A demain.

Parce qu’il y avait toute cette pluie, j’ai posé la pèlerine pour une pause bellerine, mais la voici très passée alors c’est reprise de mon chemin.

 
La suite commencera à 11:50 de Fleurier pour un petit périple sur 2 jours pour me rendre à Noiraigue. Je veux tenter de voir défiler: les gorges de la Pouëta Raisse, le Creux-du-Van, la Grande Ecoeurne et les Gorges de l’Areuse… ou pas. On verra bien la forme.
 
Après avoir rejoins Neuchâtel les 11 et 12 je prendrai le bateau pour Cudrefin et mes pas me mèneront à Morat puis au Lac Noir et aussi sur les bords du Lac de Gruyère et à bien d’autres endroits encore…
 
Aux environs du 20 mai j’arriverai dans les Alpes vaudoises et il me faudra encore quelques jours pour rejoindre le Refuge Giacomini où j’espère vous rencontrer un jour ou l’autre de cette saison d’été que je me réjouis de faire à 2000m d’altitude.
 
Bon je dis ça… mais je n’y suis pas encore ! On pourrait fêter mon arrivée avec une bonne fondue au refuge le vendredi 26 mai après une jolie vadrouille pour tous ? Si ça vous dit, pensez à me contacter que je puisse organiser ça en toute simplicité.
 
J’ai mis quelques dates dans le calendrier  que vous pouvez consulter. Ces dates et ces lieux sont indicatifs. Si les pieds vous chatouillent et que vous désirez me rejoindre en vadrouille n’hésitez pas à me contacter. Par mail ou par message ci-dessous ou encore par SMS.
 
Pour que nous puissions partager nos pas, il me faut savoir la date à laquelle vous désirez me rejoindre et si vous comptez utiliser votre voiture ou les transports publics.
 
Je vous donnerai l’heure et le lieu où nous pourront nous retrouver et je tracerai un parcours qui vous permettra de retrouver facilement un transport public pour votre retour.
 
Il faut que vous soyez en mesure de faire éventuellement un bout de chemin tout seul afin éventuellement de rejoindre une gare alors que je poursuis mon chemin.
 
 

Sans titre, c’est le titre.

Je peine toujours à trouver les titres de mes articles. Surtout pour les articles écrits. C’est un peu comme si je devais donner un titre à une photo avant même qu’elle ne soit dans la boîte, ou nommer un parcours de vadrouille avant de l’avoir tracé.

Ce n’est pas que je manque d’idées pour trouver un sujet, au contraire, il y en a tellement au moment où je veux aligner les mots que je ne peux pas choisir dans quelle direction ils vont m’emmener. C’est un peu ça le problème! Avec mes textes : je me fais balader mot à mot !

A la base, je voulais rédiger un texte pour me présenter, un petit texte court, simple et concis qui vous aurait expliqué en quelques mots qui je suis et à qui vous avez à faire en venant sur ce blog. Je voulais, pour une fois faire les choses correctement, c’est-à-dire faire un site Internet sur lequel vous trouveriez ce que vous cherchez et non ce qui me passe par mes six bouleaux.

Ce texte aurait donc dû s’intituler: Qui suis-je ? Ou à propos de moi ? ou encore Je me présente…

Rien que ces intitulés… je me bloque ! C’est si ballot hein…

Le but était de vous pondre quelque chose de facile à lire, si possible en croix, comme moi j’aime trouver quand je visite un site ou un blog personnel. Pour moi, savoir qui parle et de quel point de vue est indispensable quand je m’intéresse à quelque chose.

Alors comment aller droit au but quand on ne le connait pas vraiment ? Comment nommer une photo qui n’est pas encore prise? Comment vous parler d’une chemin qui n’est pas encore tracé ?

Un jour j’ai découvert que je n’étais pas celle que je croyais, je ne marchais pas sur le chemin que je m’étais tracé et pire je n’étais même pas là où j’étais. J’étais ailleurs.

Voilà que je m’abîme dans des questions existentielles. Mais aïe aïe aïe ! On n’est pas sorti de l’auberge !

Sortir, justement.

Sortir ce geste si évident qui m’a tellement coûté et qui me coûte encore beaucoup. Sortir, passer un pas de porte, passer d’un monde à l’autre, passer un cap, (je pourrais dire une péninsule mais je suis Helvète) Cela a toujours été quelque chose de tellement compliqué pour moi, sortir de mon auberge, sortir de chez moi, sortir de mon monde, sortir de ma bulle, sortir, sortir, sortir… mais pourquoi ?

Je ne sais plus comment j’ai découvert un jour qu’on faisait toujours bien de sortir. Même si c’est dur, même si ça fait peur, même si se donner ce petit surplus d’énergie nécessaire c’est vaincre l’Everest presque chaque fois. On fait toujours bien de sortir. Qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il fasse doux. On fait toujours bien de sortir.

Pour pouvoir sortir il me faut toujours savoir avec précision où je vais. Sortir prendre l’air, faire un petit tour pour le plaisir, aller où mes pas me mènent… sont des intentions qui me laissent éteinte. Je n’entends rien de tout cela et l’énergie n’est pas au rendez-vous. Je reste inerte dans mon hall en me demandant quel doit être le geste suivant, mettre ses chaussures ou faire le sac, prendre ou douche ou mettre sa veste, tout se mélange dans ma tête et me cloue littéralement sur place.

Un ami viendrait me dire, vient on va faire quelques pas, qu’une incommensurable montagne d’anxiété viendrait se mettre entre l’envie de faire plaisir et celle de me cacher sous la couette pour la fin de la semaine. Me balader sans autre but que celui de prendre l’air me terrorise, c’est ma peur de la page blanche à moi.

Je constate à ce stade de mon article, que j’accepte de me faire balader par mon texte mais pas par mes pas. Je vais méditer à ça. Comme je trace mon parcours sur Suisse Mobile pour traverser la Suisse, je vais pour la prochaine fois tracer les grandes lignes de ma présentation avant de me jeter sur ma page dans l’écriture. Bien sûr ça sera moins ludique pour moi mais peut être plus digeste pour vous.

Mais je pourrais faire comme avec mes parcours, à la fois suivre la ligne et m’en écarter quand bon me semble sans risque de me perdre et surtout sachant comment la rejoindre cette ligne (ne pas confondre avec retrouver la ligne qui fera l’objet d’un autre article, ou pas) Car là, j’avoue mes mots me perdent en chemin.

C’est fou ! Toutes les analogies et toutes les métaphores entre la vie, la marche et l’écriture se répondent sans cesse !
Pour découvrir qui j’étais j’ai marché. J’ai marché sans même savoir que c’était pour me trouver. J’ai marché parce qu’un jour, à force de ne pas sortir de mon auberge, de ne plus franchir de pas de porte j’ai constaté que dans ma vie rien ne marchait. Alors comme rien ne marchait, ne sachant que faire pour y remédier j’ai décidé simplement de me mettre en marche. J’ai marché loin, longtemps, souvent. Je n’ai pas marché au hasard, j’ai marché par hasard. Et je ne suis pas arrivée du tout où j’avais décidé… quoi que.

La prochaine fois je suivrai la trace que voici: je suis autiste asperger, diagnostiquée tardivement, et le savoir a changé toute ma vie! En bien !

Allez je vous laisse, j’ai la trame de mon prochain article, mais il va falloir que je fasse la trace de mon prochain périple.

Pas à pas ou mot à mot… voilà ce qu’aurait dû être le titre de cet article. Mais c’est bien connu hein, on est plus intelligent après coup 😀

A la prochaine !

Passé dans un centre EVAM pour donner, comme chaque année, les peluches et  jouets en surnombre dans la chambre de ma tite fifille.

Ils m’ont été refusés car la salle de jeux du centre a été fermée.

Nous avons trouvé dans le jardin de l’EVAM deux mamans qui ont bien voulu se charger de distribuer les peluches. Très vite les gamins sont venus choisir de quoi se faire un doudou. Une petite fille a serré la poupée délaissée depuis des années contre elle…

Dans le jardin nous avons encore déposé un tunnel (en tissus du géant suédois vous connaissez sûrement). Un petit garçon d’environ 4 ans arrivait à peine à respirer entre ses cris de joie et l’excitation, il sautait avec les yeux qui brillaient…

J’ai pensé à cet instant, à ces Noëls où le sapin vomit ses cadeaux qui arrachent un merci et un sourire de la bouche de nos enfants parce que nous les avons bien élevés. Et nous qui rêvons juste de faire briller les yeux de ceux que l’on chérit sachant qu’une orange ne suffit plus depuis longtemps, nous peinons à trouver chez eux cette joie dont nous rêvons pour eux.

D’abord ça m’a fait du bien de faire plaisir. De voir cette vraie joie. Mais très vite l’émotion m’a submergée.

Plus de salle de jeu… elle n’était pourtant pas bien grande et les livres se disputaient l’espace avec le matériel de bricolage et aussi quelques caisses d’habits … mais c’était un espace de « normalité » un endroit tout simple fait pour un bambin…
… mais vivre ici quand on est si petit… sordides couloirs où même les adultes désespèrent…
…et pas de jouet? Et plus de livres non plus… … pas d’univers enfantin …  Comment faire pour devenir un homme, une femme digne en étant bafoué d’enfance ?

Entre pas grand chose et rien il y a un gouffre que j’ai mesuré dans leur regard, certes ils brillaient mais ils étaient plus vides qu’avides. ça me remue les tripes.

​J’ai passé mon anniversaire hier et le soir j’avais 1 an de moins. Si si si j’ai de la chance non ?

Comment est-ce possible?

Quelques heures après minuit alors que je jetais un oeil brumeux à quelques messages entre deux ronflements (ouais critique pas hein je sais que toi aussi des fois non mais ! geek va! 😉 ) l’un d’eux me souhaite pleins de bonnes choses pour ma 55ème année. Ça m’a toujours fait marrer cette discussion dans la famille qui consiste à expliquer aux plus jeunes que lorsque tu fêtes tes 10 ans, tu as 10 ans révolus et que tu débutes la suivante soit la 11ème. Je me rappelle de discussions sans fin avec la « Tante qui pique du bout du lac » car elle n’entendait rien à la chose et soutenait mordicus que les autres étaient des idiots. Qu’à 10 ans on avait 10 ans, et que cette histoire de 11 ème année c’était des conneries d’intellos. Ce souvenir m’a fait sourire et je me suis rendormie. Fort bien d’ailleurs. Geek mais pas insomniaque ! (!)
Au matin, comme c’est la tradition chez nous, le téléphone sonne et s’y succèdent les plus proches parents pour me souhaiter un bon anniversaire. Je les remercie et confirme que je n’ai rien prévu de spécial pour cette journée.
Pour mes 55 ans, me dis-je, j’aurais peut être dû organiser un truc ? Ah ben je n’y ai pas pensé et c’est un peu tard pour que je m’y mette maintenant. D’ailleurs il m’arrange cet oubli car je déteste fêter mon anniversaire. S’il y a un jour où j’ai vraiement envie de faire ce qui me plait quand ça me plait au rythme qui me plait c’est bien celui-ci. C’est mon jour! Et je l’aborde avec douceur.
C’est vous dire si j’étais zen de passer ce 55 ème anniversaire sans contrainte de préparations. Mais quand même ça m’a turlupiné toute la journée. Comment se fait-il que pas une seule fois il n’a été question, ni pour mes filles, ni pour mes parents, ni pour moi d’envisager de marquer le coup pour ce chiffre 55. C’est pas rien 55! D’ailleurs c’est assez impressionnant de se sentir glisser vers une nouvelle décénie, comme ça sans l’avoir remarqué vraiment. 55 c’est le moment où tu n’as plus vraiment la cinquantaine. C’est encore un peu, mais plus vraiment vraiment. Ouais ! Pffff 55 quand même, c’est pas rien bon sang! J’aurais peut être du inviter au moins mes filles. Zut!
Bah! Tant pis ! Ce n’est qu’un chiffre après tout. Je verrai l’an prochain quand je serai quasiment plus près des 60 que des 50. Je n’ai pas le choix de toutes façons. J’assume ce bel âge et entre tête haute dans ma 56ème année! Youpie!
A cette évocation, la tête de la tante du bout du lac me pique et me fait un pied de nez.
/Petit aparté pour mes amis autistes : ne vous faites pas d’image mentale de cette scène, c’est inutile je vous assure./
La tête le pied et le nez tout ça tourne en boucle à n’en plus finir. Elle jubile la tante qui pique. Elle prend toute la place dans ma tête à moi la tante qui pique. A vue de nez /c’est une expression/ je me demande ce qu’elle ne pigeait pas, cette folle du bout du Lac, à ces histoires d’année et d’anniversaire.
Et à haute voix : Allez zut sort de mon pied la tante au nez qui pique que je retrouve ma tête!
A 56 ans bientôt c’est la sénilité qui me guette ! Je manque m’effondrer…
…de rire.
Car, la tante qui pique pour une fois elle a raison : je n’entre pas dans ma 56ème année. Non non non!
Va voir le titre si tu ne me crois pas.
/J’ai eu 54 ans hier/
Et c’est ainsi qu’au soir de mon anniversaire j’avais un an de moins.
De toutes façons, je sais jamais l’âge que j’ai… ça change tout le temps.

Je hais la charité. Mais elle est nécessaire quand le système de solidarité craque.

La solidarité est laborieuse, elle est individuellement peu gratifiante et n’apporte aucune satisfaction immédiate. Elle laisse la dopamine du contibuable au repos. La solidarité se nourrit de taxes, de lois, de protocoles et de contrôles. Elle frustre celui qui la délivre, fâche par son effet contraignant celui qui la finance. Elle est rébarbative et quand elle manque sa cible, fait crier au scandale. Le seul gagnant semble être le récipiendaire qui se permet parfois le luxe de la critiquer.

La solidarité, définie par ce chapelet de gros mots est devenue elle-même un gros mot.

Pourtant la solidarité est un investissement rentable pour l’ensemble d’une communauté ou d’un système. Elle lui permet de fonctionner sans générer trop de scories. Elle met de l’huile dans les rouages, minimise l’humiliation du récipiendaire en fixant collectivement les critères de sa dispense afin d’en contrôler les dépenses. Elle s’assure aussi que personne ne passe entre les mailles du filet.

La solidarité, telle qu’elle a été conçue depuis la fin de la guerre avec l’apparition des assurances vieillesse et sociale ou des congés payés par exemple est quand même ce qu’on avait fait de mieux dans l’Histoire de l’humanité depuis pas mal de temps.
C’est elle qui a assuré cette fameuse « paix sociale » qui a valu à la Suisse sa grande prospérité.

C’est malheureusement une notion abstraite et complexe. Les esprits simplistes ont préférés écouter les sirènes des arrogants partis désireux de sauvegarder leurs intérêts particuliers au détriment de ceux du groupe. Léguant les problèmes collectifs à la responsabilité individuelle. Et ont peu à peu rejeté le concept de solidarité au profit de la charité.

La charité se fait un peu à la tête du client si j’ose dire. La personne doit paraître méritante ou sa pauvreté excusable selon des critères totalement aléatoires fixés au gré du donneur. C’est une valeur très soutenue par les donneurs de leçon car elle permet d’exclure toutes personnes ne se pliant pas au dogme en vigueur. La charité s’accorde comme une option, elle est facultative et valorisante pour qui la pratique ayant comme effet secondaire une certaine humiliation ressentie par le récipiendaire soumis au jugement de celui qui a réussi. Elle est d’une redoutable efficacité individuelle en stimulant la zone du plaisir mais s’avère relativement nulle au niveau de la cohésion d’un groupe ou d’une société fait d’hétérogénité et de différences. Au final elle aggrave la souffrance et diminue la performance collective. Pour retrouver sa compétitivité, le groupe peut émettre l’idée d’exterminer la différence sans manquer de cohérence.

Oui je hais la charité.

Malgré tout ça je la recommande au profit de l’indifférence si comme cet hivers une centaine d’individus doivent dormir à même le sol d’une capitale jusqu’alors connue pour sa tolérance.