Publié le Laisser un commentaire

Hexabilan 07 – La semaine de huit jours

Du 17 au 24 juin 2026

J’aurais dû faire le bilan hier, mais j’ai préféré inventer la semaine de huit jours. La canicule est cognitivement peu fiable.

De Schirmeck à Oberbronn, pas un seul jour de pause. Huit jours à refaire mon sac chaque matin, à chercher où dormir chaque soir et à avancer malgré la chaleur.

La semaine en chiffres

  • Distance : 102,7 km
  • D+ : 2 732 m
  • D- : 2 573 m
  • 1 bivouac avec les lucioles
  • 5 refuges/gîtes : Le Luttenbach, Engenthal-le-Bas, Saverne, La Petite-Pierre et Lichtenberg
  • 2 chambres : Fréconrupt et Oberbronn

Depuis le départ

  • Distance : 648,2 km
  • D+ : 19 877 m
  • D- : 19 416 m

Les étapes

  • Schirmeck – Le Luttenbach : 17,5 km / 268 D+ / 246 D-
  • Le Luttenbach – Engenthal : 12,5 km / 569 D+ / 468 D-
  • Engenthal – Saverne : 17 km / 267 D+ / 300 D-
  • Saverne – Graufthal : 15 km / 324 D+ / 360 D-
  • Graufthal – La Petite-Pierre : 7 km / 305 D+ / 165 D-
  • La Petite-Pierre – Lichtenberg : 17,2 km / 326 D+ / 364 D-
  • Lichtenberg – Oberbronn : 16,5 km / 373 D+ / 446 D-

Ce que je retiens

Cette semaine n’a pas été celle des grands sommets mais celle de l’adaptation.

La chaleur et la tente cassée ont mené le bal. L’absence de tente m’a privée de la souplesse qui permet d’adapter la longueur des étapes mais a allégé mon sac de 4kg.

J’ai donc inventé l’Hexa-buissonnière : une variante personnelle de l’Hexatrek qui consiste à adapter le tracé afin de relier les hébergements disponibles tout en moins de 18 kilomètres pour être rendue avant midi.

Le souvenir marquant

Mon attente de plusieurs heures au frais dans un temple au pied des maisons troglodytes

Le lieu marquant

Le Struthof.

La rencontre marquante

Un couple assis devant sa maison à la fraîche, à la tombée du jour.

Une conversation simple avec des Alsaciens dont les parents avaient été allemands puis français au gré de l’Histoire et qui avaient perdu des proches au Struthof.

L’image marquante

Le vol des lucioles dans la forêt après mes larmes de découragement.

Publié le Laisser un commentaire

Mercredi.07 Oberbronn

Hexatrek en nobo

16,5 km / 373 D+ / 446 D-

Hexa-buissonnière :

Pour cette chaude journée de plus, j’ai stratégiquement contourné une bosse de plus en filant le long d’une jolie rivière dans une réserve naturelle. Je n’ai économisé que 3 km et 150 D+.

Comme ça, j’ai pu terminer vers midi. Je n’ai eu trop trop chaud qu’une seule heure et j’ai adoré débarquer dans le joli village d’Oberbronn qui n’était pas au programme de l’Hexatrek. Accueillie par les cigognes ! Si si, comme dans les plus beaux clichés.

Physiquement, la journée a beaucoup ressemblé à celle d’hier. Je suis partie à 5h30 et, jusqu’à 8h, marcher a été un vrai plaisir. Ensuite, le thermomètre a repris petit à petit ses droits et j’ai commencé à chercher l’ombre et à multiplier les arrêts plutôt qu’à admirer le paysage.

Côté ravitaillement, j’étais un peu juste. J’avais peu de nourriture avec moi et à 10h00 j’étais totalement à vide. Même le vieux chocolat noir écrabouillé dans les cacahuètes a subi son sort. J’ai donc accueilli avec soulagement mon arrivée à Oberbronn avant la fermeture de sa boulangerie.

Ce soir, je fête la fin de ma septième semaine de marche dans un lieu pour le moins inattendu : un ancien couvent transformé en hôtel. Je ne peux pas dire qu’il y fasse vraiment frais, mais au moins je suis à l’abri du soleil. Après-midi calme, repos, douche et récupération étaient au programme.

Demain sera une journée un peu particulière. 

Je vais la commencer par prolonger mon sommeil jusqu’à 7h00 pour pouvoir profiter du petit déjeuner de l’hôtel puis je vais marcher une toute petite heure pour rejoindre Niederbronn, la ville ravito puis à midi j’irai me mettre à l’abri dans un Airbnb. Une pause bienvenue.

Il ne me reste deux jours de marche jusqu’à Wissembourg, mais vu les circonstances je ne pense pas y être avant dimanche soir.

A suivre…

Publié le Laisser un commentaire

Mardi.07 Lichtenberg

Hexatrek en nobo

17,2 km 326D+  364D-

À 4 h 50, je glissais la clé du refuge dans la boîte aux lettres de la mairie de La Petite-Pierre et reprenais gaiement mon chemin. Avec quatre kilos de moins sur le dos et seulement 20 degrés, j’avais l’impression de survoler le sujet.

Pendant les premières heures, je tenais presque  4 km/h, montées et descentes comprises, avalant les kilomètres avec une vitesse et une facilité que je n’avais plus connues depuis longtemps.

Vers 8 heures, la chaleur s’est rappelée à mon bon souvenir et du reprendre un rythme plus coutumier.

Vers 10 heures, l’air à commencé à brûler alors j’ai ressorti les bâtons et adopté, bien malgré moi, mon pas de vieux sénateur en nage.

À 10 h 50, alors que j’approchais du but, Lichtenberg, je me suis écroulée sur un banc pour une sieste vosgienne d’une heure.

Vers 13h00 j’ai finalement atteint le village.

J’avais prévu d’attendre dans le restaurantt mais je m’en suis fait sortir pour cause de fermeture avant 14 h.

J’ai erré dans le village à la recherche d’une ombre fraîche puis, prenant mon courage à deux mains, je suis montée jusqu’au château.

Cette adaptation m’a convaincue d’une chose : les quatre kilos en moins ont changé mes matinées , mais ils ne font toujours pas le poids face à la canicule.

Publié le Laisser un commentaire

Lundi.07 Merci les lucioles

Hexatrek en nobo

7km / 305D+ / 165D-

Comment vous dire…

Mairie de la Petite Pierre

Hier soir, après avoir marché 2km à la nuit tombante pour profiter de la fraîcheur du soir qui n’est jamais arrivée, j’ai craqué. J’ai pleuré. J’ai décidé d’arrêter. J’ai appelé mon ami Pierre et je lui ai dit :

— Viens me chercher, je n’en peux plus.

On a tout arrangé pour mardi.

J’étais très déçue. Mais il fallait voir la réalité en face : avec la canicule, les tiques, le sac, continuer comme ca était insupportable.

J’ai monté ma tente juste avant la nuit. Puis, au moment de me coucher, j’ai aperçu deux points brillants dans l’obscurité. J’ai frissonné. Qu’est-ce que c’est ?

Les deux lumières ont bougé. Puis deux autres sont apparues. Puis encore d’autres : ce n’étaient pas des yeux mais des lampes ! Des Lucioles, des milliers de lucioles dansaient dans la clairière tout autour de moi. Une féérie!

J’étais tellement émerveillée que j’ai su, à cet instant précis, que je ne pouvais pas m’arrêter. Pas encore. Cette vie est trop belle.

Je fais un voyage à pied. Je peux changer ma façon de le vivre, freiner, m’arrêter, composer. J’ai le temps.

Pourquoi vouloir absolument commencer les Alpes ? On ne peut pas commencer quelque chose avant d’avoir terminé l’ouvrage en cours. Pour moi, marcher c’est construire, demain apportera sa réponse. Je me suis couchée en écoutant un nouvel enregistrement du texte intégral du Petit Prince et j’ai sombré bien avant d’apprivoiser le renard. 

Au réveil, le rafistolage de la tente effectué à Saverne n’a pas tenu. Les réparations avaient lâché et que je ne pourrai plus remonter cette tente.

Je l’ai pris comme une réponse pratique à mes questionnements : continue mais sans elle!

Qui dit sans tente dit sans bivouac et qui dit sans bivouac dit sans matelas, sans gros sac de couchage et sans popote. 

Quoique, la popote peut encore faire son job suivant quel gîte je trouve. 

Je vais avancer plus léger, récupérer loin des tiques, sous un toit et si je trouve un havre de fraîcheur y attendre que la chaleur retombe.

5h00 sac bouclé, direction La Petite-Pierre.

Deux bonnes heures de marche et un spot de vue plus tard, j’arrive à l’office du tourisme de la charmante petite ville. On m’offre une douche et des conseils. J’ai pu me laver, faire une lessive au savon, charger mes appareils et entendre qu’ils avaient un gîte communal et que la mairie faisait office de bureau de poste! 

Bingo, direction La Mairie.

Avec un sac allégé  je vais pouvoir rallonger mes étapes. Nous verrons demain.

3790 gr dans un gros coli direction Wissembourg, les arceaux à la poubelle, mon sac pèse 4kg de moins ! J’ai renvoyé  la toile de tente, le matelas, le sac de couchage, le pantalon de pluie, le bonnet, le bandeau et les gants. 

Plus qu’un simple allègement du sac, c’est un changement de stratégie.

Je contourne du coup la canicule, la fatigue et les tiques. J’investis dans la pierre et diminue mon budget « bistrot et loisirs ».  Je vise Wissembourg avec davantage de légèreté, aussi bien dans la tête que dans le dos.

Demain matin, je me lèverai tôt pour tenter ces dix-sept kilomètres, si possible avant midi.

À suivre.

Et merci aux lucioles

Publié le Laisser un commentaire

Mon sac

Je me suis donc réfugiée dans la fraîcheur du temple et, pour passer le temps tout en essayant de faire fonctionner ce qu’il reste de mes neurones après plusieurs jours de canicule, je me suis lancée dans un exercice un peu particulier : faire de mémoire l’inventaire complet de mon sac.

Après plusieurs semaines de marche, on pourrait croire que je transporte une quantité impressionnante de matériel. En réalité, tout ce qui se trouve dans mon sac répond à une fonction précise.

Il y a de quoi dormir : une tente, un matelas, un sac de couchage et un sac à viande.

Il y a de quoi cuisiner : un Jetboil, du gaz, une cuillère, un briquet, un Opinel et quelques sachets de thé.

Il y a de quoi transporter l’eau : une gourde d’un litre, une flasque filtrante d’un litre et une réserve souple de deux litres pour les bivouacs.

Côté vêtements, je n’ai rien de trop. Imaginons qu’il fasse froid (!) et que je porte toute ma tenue : presque tout y est déjà. À cette tenue complète s’ajoutent simplement un pantalon pour le soir et la nuit, un deuxième t-shirt, une paire de chaussettes, deux culottes et un maillot de bain. Gants, bonnet, bandeau. C’est tout.

La tenue complète, c’est : chaussettes, pantalon court, culotte, brassière, t-shirt à manches courtes, t-shirt à manches longues, doudoune et coupe-vent/veste de pluie. Ah oui, j’oubliais : pour la pluie, j’ai aussi un pantalon Gore-Tex assorti à la veste.

Ma dernière lessive en machine remonte à Belfort, il y a maintenant environ quatre semaines. Je crois. 

Je marche avec deux t-shirts : un sur moi et un qui sèche sur le sac. Je les alterne à chaque arrêt. Je les rince à l’eau quand j’en ai, et au savon le soir en refuge ou en camping si je suis sûre que tout sera sec avant 5 h du matin.

J’emporte aussi une petite pharmacie pour les bobos du marcheur, un kit tire-tique, de la Bétadine ainsi qu’une trousse de réparation pour le matériel. Sans oublier le téléphone, trois câbles et deux petites batteries externes.

Je trimballe également mes WC (sachets poubelles, mouchoirs, lingettes, gel hydroalcoolique) et ma salle de bain (dentifrice, brosse à dents, crème hydratante, huiles essentielles de lavande et de gaulthérie, mini linge de toilette et savon solide).

Dans les pochettes latérales on trouve encore la crème solaire, mon bandana, un filet pour la cueillette et mon ventolin.

Qu’est-ce que j’oublie dans cette liste ? Mes bâtons comme d’hab !

Et puis il y a ce que j’appelle mon sac à plaisir. Dedans se trouvent mon carnet de dessin, mes mini-crayons de couleur, un stylo, mon porte-monnaie et mes papiers. Si je suis honnête, c’est probablement la seule catégorie de matériel qui ne sert ni à marcher, ni à manger, ni à dormir. Mais c’est aussi celle dont j’aurais le plus de peine à me séparer.

En faisant cet inventaire, je réalise que mon confort tient finalement dans très peu de choses. Après plusieurs semaines sur les chemins, les objets compliqués ont disparu. Ne restent que ceux qui sont réellement utiles, et quelques-uns qui nourrissent autre chose que le corps.

Publié le Laisser un commentaire

Dimanche.07 Graufthal

Hexatrek en nobo

15km / 324D+ / 360D-

Temple lüthérien frais et accueillant de Graufthal

Aujourd’hui, je découvre une drôle de sensation. Il n’est passé 16 heures et je suis assise dans le temple d’un village dont je ne connaissais même pas le nom ce matin. Dehors, la canicule écrase les rues. Dedans, il fait frais, c’est presque hors du temps.

En arrivant vers 13h00 à Graufthal  je cherchais le frais, le retaurant est fermé,  et on m’a proposé de me poser dans le temple protestant. Je m’y suis endormie, assise sur une chaise appuyée sur mon sac.

J’ai ensuite cherché de l’eau pour mon bivouac et j’en ai profité pour visiter les maisons troglodytes. J’ai découvert l’Histoire riche de ce lieu et de son Abbaye aujourd’hui disparue et j’ai appris qu’on embauchait ici des enfants pour fabriquer des allumettes. Travail hautement toxique. C’était passionnant mais j’ai tellement sué que je suis retournée dans le temple.

J’ai envie de marcher. Ce reflex du trek qui te pousse à vouloir aller plus loin. Mais chaque fois que je franchis la porte, la chaleur me rappelle immédiatement à la raison, avancer n’est pas toujours la meilleure décision.

Je ne sais toujours pas où je dormirai ce soir. Ni si l’orage prévu avant 19h00 aura bien lieu. Je n’ai pas de bus pour rentrer chez quelqu’un « au cas où ». Je suis simplement là, avec mon sac, mes bâtons, mes quatre litres d’eau et la confiance que quelque chose finira bien par se dessiner.

J’accepte de rester immobile dans un endroit inconnu, de laisser passer les heures et d’attendre que le chemin redevienne accueillant.

Publié le Un commentaire

Samedi.07 Saverne

Hexa-buissonière

17km / 267D+ / 300D-

Mon Hexa-buissonière m’a privé de 3 chateaux mais aussi de 6km et 300D+et 300D- youpie !

Journée d’intendance chargée puisqu’il a fallu rejoindre le magasin de sport a Saverne qui a tenté une réparation et refaire les courses en fonction de la suite.

A l’auberge de jeunesse j’ai voulu profiter de la cuisine et du frigo pour me faire enfin mes tonates mozzarella basilic tellement imaginées que j’en avais déjà le goût dans les yeux. Ces tomates valent de l’or.

Depuis le début de ce voyage à pied la nourriture aura probablement été l’un des aspects les plus compliqués à gérer.

Quand on prépare une randonnée de quelques jours, on pense calories, protéines, poids. Après sept semaines à marcher, on découvre qu’il faut aussi tenir compte du gaz, de la place dans le sac, de la conservation, du prix, des commerces disponibles et, surtout, de l’envie réelle de manger.

Sur le papier, les solutions sont simples. Dans la réalité, elles le sont beaucoup moins.

Les légumineuses ? Excellentes. Mais elles s’achètent souvent en gros paquets et demandent du temps de cuisson. Les graines exotiques riches en protéines comme le lupin ou le chanvre ? Encore faut-il les trouver dans les petites villes traversées. La viande séchée ? Très efficace, mais rare et coûteuse et souvent trop salée. Les œufs ? Formidables, mais lourds et gourmands en gaz lorsqu’il faut les cuire. Je profite chaque fois que j’ai accès à une vraie cuisine pour m’en cuire une douzaine. Ils font d’excellentes collations que ce soit le matin, le mid, le soir et même la nuit quand je me réveille.

J’ai eu le temps d’y réfléchir, d’essayer, de me tromper et de recommencer.

Au fil des kilomètres, j’ai trouvé mes propres solutions. Les cacahuètes restent imbattables pour le rapport poids-énergie. Une poignée et la faim disparaît. Le problème, c’est qu’au bout d’un moment on n’a plus envie de cacahuètes même pas en peinture.

Pour les repas, j’ai jeté mon dévolu sur  la semoule de blé spécial pâtisserie (se vend pas 250gr) et les flocons d’avoine vendus par 500gr.. Les deux se transportent facilement, se préparent vite et permettent de varier entre salé et sucré. Avec une soupe en sachet avec ou sans parmesan le soir et avec du lait en poudre, de la coco, des amandes et un peu de sucre vanillé le matin, cela fonctionne remarquablement bien.

Pour les protéines, outre les oeufs quand l’occasion se présente je compose avec ce que je trouve : fromage, salami, viande séchée, ça tourne un peuen boucle.

Mais ce qui finit par faire rêver n’est pas forcément ce qui apporte le plus de protéines ou qui « répare » le mieux.

Après plusieurs semaines de marche, ce dont on rêve, c’est d’une pomme croquante, d’une tomate bien mûre, de quelques radis ou d’un fromage blanc bien frais. Toutes ces choses impossible à porter.

Alors quand, après une journée de chaleur, je me suis retrouvée devant une salade de tomates, mozzarella et basilic, ce n’était pas seulement un repas.

C’était une petite explosion de bonheur. 🍅🌿🧀

Marcher sept semaines en portant toute sa maison sur le dos et en se nourrissant correctement n’est pas si simple.

Mais jusqu’ici, je m’en sors.

Pour ce qui est de ma journée je voulais juste vous dire que si je n’ai pas vu les chateaux mais j’ai vu un menhir ! Comme en Bretagne !

Les Vosges n’est pas un massif où la géologie te guide comme dans les Alpes. C’est pas un massif où les vues s’enchaient à un rythme endiablé comme sur les crêtes  du  Jura mais c’est un pays puissant fait de pâte humaine. L’Histoire des hommes transpire de partout. Du grain de sable au rocher.

Je suis venue découvrir des montagnes j’ai découvert un monde.